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À Saint-Pétersbourg en 2005, Yulia Tikhomirova et ses amis sont punks et activistes. Autour de leur groupe, Sandinista!, (pour le son c’est par ici) c’est la spirale des fêtes, des concerts, des nuits blanches et des actions militantes, sur fond de datcha familiale, de canapé-lits, de napperons brodés par mamie, de fleuve Neva gelé, de bords de la Baltique, de vent doux sur les herbes hautes.





En 2005, les tensions raciales sont à leur comble en Russie. Des gangs armés attaquent et tuent. Tous les groupes ethniques et religieux sont menacés d’insultes, de passages à tabac, de meurtres : tadjiks, vietnamiens, afghans, irakiens, juifs, roms, sénégalais, chinois, tous ceux qui viennent d’Asie centrale, tous ceux qui viennent du Caucase, tout ceux qui viennent d’un ailleurs à géométrie variable…

Les groupuscules fascistes se multiplient, attisés par un Vladimir Poutine qui les instrumentalise d’une main, se posant comme l’unique rempart contre eux de l’autre. Comment la Russie, vainqueur du nazisme, peut-elle générer du fascisme, se demande-t-on. Ben elle peut. Ces années sont une charnière de tensions et de violences qui a vu prospérer les mauvaises herbes des nostalgiques des pogroms.





En 2005, le chanteur, guitariste et fondateur du groupe, Timur Kacharava, étudiant en philosophie et activiste anti-fasciste est assassiné à coups de couteau dans le cou alors qu’il distribuait de la nourriture pour Food not Bombs. Une pétition de 3000 étudiants de l’université de Saint-Pétersbourg où il étudiait a urgé Poutine de mener l’enquête. Au tribunal, le principal accusé avait 14 ans. Si une seule personne a poignardé Timur, six autres le tenaient pour l’empêcher de s’enfuir. Ce fut le premier jugement pour le meurtre d’un activiste antifa en Russie. Le tribunal a pris pour comptant la version de l’attaque spontanée, mais la famille et les amis témoignent qu’il était suivi et menacé.

Ce procès a marqué une véritable avancée pour la défense des droits de l’homme dans les tribunaux russes, et un tournant dans la stratégie des antifas contre les groupuscules néonazis.





Dans cette série comme une ode de feu et de glace à l’énergie et la jeunesse, aux évocations sensuelles de l’eau douce des lacs, du crépitement des feux de camp, des salles de concert moites et sonores et des maisons pleines de potes, Yulia rend hommage à l’élan d’une génération avide du monde qui a connu l’avant internet, qui a vu la fin de l’URSS et choisi l’optimisme. Une ode à la pulsion de vie et à l’amitié. Elle amène son sujet, son histoire, au coeur de notre problématique démocratique européenne actuelle, à sa construction-déconstruction, aux fissures qui y apparaissent, rappelant qu’ici, comme ailleurs, ces fissures, on les colmate avec du sang.












































Toutes les images, « Baltica », © Yulia Tikhomirova. Découvrez son travail sur son site Internet : inflammablematerial.net, et la vidéo de son livre « Baltica » : ICI.