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Quand on raconte une histoire, visuelle ou non, on cherche les meilleurs moyens de la raconter. En photographie, deux étapes majeures concourent à la construction de la forme visuelle de cette histoire : le moment de la production des images, et celui de leur diffusion. L’un n’allant pas sans l’autre, les travaux de Korhan Karaoysal, Sam Ivin et Peter Dekens ont pris vie quand ils ont rencontré la forme livre.


Korhan Karaoysal : foules et contradictions en Turquie de l’Ouest

« Reason Purpose », © Korhan Karaoysal


« Reason Purpose » est une série de photographies de foules prises dans quatre villes de l’Ouest de la Turquie par Korhan Karaoysal. De nature plutôt solitaire, le photographe turc s’est interrogé sur les raisons qui poussent les gens à se réunir, et a cherché à donner une forme visuelle aux idées et émotions qui traversent ces rassemblements. Il se constitue alors un calendrier des journées nationales, jours religieux, et événements municipaux, parfois aux opinions et idées politiques opposées, et s’y rend son appareil photo en main, dix ans durant. Commencée en 2006 mais indécis sur la forme à lui donner, Korhan poursuit cette série jusqu’en 2015 sans savoir ce qu’il adviendra de ses images.



« Reason Purpose », © Korhan Karaoysal


Ce sont finalement les conseils avisés du photographe et éditeur photo Frederic Lezmi et du designer Okay Karadayilar lors du workshop BookLab en 2015 à Istanbul qui lui ont permis de trouver la forme qui lui convenait le mieux, le livre photo : « Je pense que le livre est la meilleure forme pour réunir ces photographies. Pour être honnête, avant cela, je ne parvenais pas à les faire fonctionner ensemble, sur un site web ou en exposition. », nous confie-t-il par e-mail. Et pour cause, l’histoire que raconte cette série est dépendant de la mise en page.



« Reason Purpose », © Korhan Karaoysal


Le résultat de ce travail de longue haleine est un livre aux images coupées en deux que Korhan fait dialoguer entre elles, donnant ainsi à voir sous forme papier ce qu’il a pu observer de la psychologie de ces foules, divisées de l’intérieur par des contradictions pas si facile à réconcilier : « Nous sommes entre l’Est et l’Ouest. Nous sommes entre les idées positivistes de l’Ouest et les idées religieuses de l’Est, et cet entre-deux se présente toujours sous la forme d’un affrontement. Je pense que tout part de là. », raconte-t-il à American Photo Mag.



« Reason Purpose », © Korhan Karaoysal



« Reason Purpose », © Korhan Karaoysal



« Reason Purpose » de Korhan Karaoysal est publié par l’éditeur MASA. Vous pouvez vous le procurer ICI pour 25€.
Retrouvez les travaux de Korhan Karaoysal sur son site Internet.

Sam Ivin : entre espoir d’obtenir un passeport et peur d’une expulsion, des demandeurs d’asile en attente d’identité

« Lingering Ghosts », © Sam Ivin


C’est en participant à une compétition organisée par Magnum que le projet alors inachevé « Lingering Ghosts » de Sam Ivin est repéré par le centre de recherche en communication Fabrica qui lui propose de le continuer et d’en faire un livre : « Après avoir fait partie des gagnants de la compétition « Magnum & Ideas Tap’s 30 under 30 » en mars 2015, le centre de recherche en communication italien Fabrica m’a contacté pour collaborer ensemble. Avec l’aide de différents organismes de bienfaisance, j’ai photographié 60 demandeurs d’asile au Royaume-Uni. Cela a conduit à la réalisation de 28 portraits gratés à la main et au livre photo « Lingering Ghosts » sous la forme d’un passeport. », nous raconte-t-il par e-mail.



Zimbabwe. Temps d’attente pour l’asile : 21 ans. « Lingering Ghosts », © Sam Ivin


Tout commence en 2013 lorsque l’agence de contrôle des frontières britanniques, UK Border Agency, est abolie. Sam est étudiant en photo documentaire et décide de partir à la rencontre des demandeurs d’asile en attente de régularisation sur le sol britannique. Il réalise alors un zine s’inspirant du design des passeports britanniques contenant sept portraits de demandeurs d’asile attendant depuis parfois vingt ans leurs papiers. Il accompagne ces photos griffés des armoiries des pays d’origine des personnes photographiées.



Palestine. Temps d’attente pour l’asile : 5 mois. « Lingering Ghosts », © Sam Ivin


Perdus dans les limbes du système administratif anglais, ils sont comme des fantômes aux yeux du pays duquel il espère l’accueil et avec le temps qui passe, c’est leur propre identité qui, comme sur les images de Sam, s’effrite. Avec cette mise en page, le photographe suggère l’entre-deux dans lequel ces personnes sont coincées, sur la brèche entre l’espoir d’obtenir un passeport anglais et l’angoisse d’être renvoyé dans leur pays d’origine.



République Démocratique du Congo. Temps d’attente pour l’asile : 15 ans. « Lingering Ghosts », © Sam Ivin



« Lingering Ghosts » de Sam Ivin est publié par Fabrica. Vous pouvez vous le procurer ICI pour £19.50 (23€).
Retrouvez les travaux de Sam Ivin sur son site Internet.

Peter Dekens : Vie et tragédie derrière les murs de Flandre occidentale

« (Un)expected », © Peter Dekens


Le livre « (Un)expected » a deux drames pour origine, le suicide de la mère du photographe en 2008, suivi de celui d’un ami. Peter a grandi dans la province belge de Flandre occidentale qui a la triste réputation de connaitre environ 20 suicides par mois. Concerné de près, il décide de raconter l’histoire de ces conjoint(e)s, frères, soeurs, parents, enfants, et amis qui, comme lui, doivent continuer à vivre après le décès provoqué de leur(s) proche(s).



« (Un)expected », © Peter Dekens


La conception de ce livre fut pour Peter une question de survie, d’où le besoin de retranscrire cette histoire sous la forme la plus juste possible : « J’ai commencé ce projet parce que, après environ 8 ans, je devais encore faire face à la mort de ma mère, et j’avais peur de mourir de la même manière qu’elle. Rationaliser cela fut la meilleure chose à faire pour moi, nous confie-t-il. Discuter avec d’autres proches de personnes décédées par suicide fut une étape très importante pour mon propre processus d’adaptation. La richesse du livre est qu’il est plus large que mon histoire personnelle et j’ai pensé qu’il serait également très utile de partager ces expériences avec d’autres personnes. ».



« (Un)expected », © Peter Dekens


L’objet final consiste en cinq petits livres de photos couleur rapportant chacun l’histoire d’une personne. Ils sont reliés entre eux par des photographies noir et blanc prises dans les rues vides de localités de la région. « (Un)excepted », c’est l’histoire de vies qui tentent de reprendre des couleurs dans un environnement qui perd les siennes, affecté par les drames trop communs qui en rythment le quotidien.



« (Un)expected », © Peter Dekens



« (Un)expected » de Peter Dekens est publié par The Eriskay Connection. Vous pouvez vous le procurer ICI à partir de 32€.
Découvrez les travaux de Peter Dekens sur son site Internet.