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Avec Artel, les murs de son de la culture rave se transforment en murs de smartphones. Suite à une commande du pôle recherche de l’école Camondo sur les ambiances et les imaginaires, l’atelier de design développe actuellement le projet Post Piper et vient de créer une série d’objets qui ré-imaginent l’ambiance de la fête. On a passé un coup de fil à Paul Marchesseau d’Artel, un mec sympa plein d’idées en tête et de choses à raconter.



Post-piper, école camondo © B.Heller © Atelier Artel 2017


Chez Artel, danser rime avec partager et ce, jusqu’à votre smartphone qui, habituellement, vous sert plutôt à prendre quelques photos souvenirs de la soirée. Les 27 et 28 janvier, le studio de design présentait à l’école Camondo le premier objet d’une série de plusieurs qui, mis ensemble, forment le projet Post Piper. L’idée est de pouvoir déployer un espace festif éphémère comme un club, ou simplement une ambiance visuelle, en quelques secondes avec peu de matériel, nos smartphones : « on est parti du principe qu’on était tous équipé de smartphones et ces prothèses sont extrêmement performantes. Nos smartphones ont de l’énergie grâce à leur batteries, et nous permettent ainsi d’être autonomes. On s’est donc dit, pourquoi pas les mettre en commun ? Plus on le fait, et plus on va pouvoir mutualiser cette autonomie. », raconte Paul. Une scénographie mobile, un club de poche, une lampe géante, l’idée est pleine de ressources.



Une première suggestion de scénographie. Illustration Post-piper © Atelier Artel 2017


Le projet a deux versants :

– l’objet designé par Artel sur laquelle on ajoute les perches à selfies et les smartphones,
– la plateforme Nodal conçue par le collectif Orbe pour éditer le lien synchronisant les smartphones et créer ainsi un écran global interagissant avec le son extérieur grâce aux capteurs des smartphones : « sur Nodal, tu édites une application sur le web et tu as juste à cliquer sur le lien. », explique-t-il avant de préciser que la plateforme n’est pas encore référencée sur le web, l’objet étant encore en « work-in-progress ».

Pas très compliqué donc. L’idée étant qu’à terme, tout le monde puisse s’approprier l’objet : « tout l’objet est fait en usinage numérique. Et les perches à selfies, tu peux en acheter n’importe où. », résume Paul.



Motifs conçus par Tomek Jarolim, directeur artistique du collectif Orbe. Post-piper, école camondo © B.Heller © Atelier Artel 2017


Post Piper part du principe qu’en créant de nouvelles ambiances en utilisant autrement nos outils technologiques courants, on peut transformer notre imaginaire collectif, car ces ambiances structurent nos manières de voir. Si chaque personne présente partage à un moment donné son smartphone personnel, il n’y a pas que les capacités énergétiques, visuelles et sonores de l’objet qui se retrouvent décuplées et bouleversées : « Mon ambition personnelle est qu’avec ces objets Post Piper on puisse transformer à notre échelle le rapport à l’univers technologique que l’on a aujourd’hui, et donc passer d’un paradigme centré sur l’individu à un imaginaire collectif, confie Paul. Cette transformation passe ici par un geste, qui est celui du don temporaire de nos smartphones pour les mettre en commun. Pour faire ça, tu dois faire confiance aux autres, et c’est à partir de là que tu crées une atmosphère collective. ».

Le projet renoue ainsi avec l’esprit rave, mais dans des termes actuels : « quand tu regardes les raves et les sound systems, le sound system c’est souvent une propriété collective qui joue le rôle de totem pour la communauté. Tu peux identifier tel ou tel collectif ou communauté par leur sound system., explique-t-il. Et là c’est pareil : on joue le jeu d’objets à la fois très charismatiques et très simples. On a pas voulu faire un objet neutre, mais symboliquement fort et qui, esthétiquement, affirme une manière de voir les choses. »

Voici d’autres suggestions de scénographie :



Illustration Post-piper © Atelier Artel 2017

Illustration Post-piper © Atelier Artel 2017


Cette esthétique affirmée, ils la puisent dans l’architecture de l’Italie expérimentale des années 60 : « les architectes radicaux italiens de cette période vont créer des Piper, des boites de nuit qui ont marqué l’Italie avec une autre manière de voir l’espace. Ils ont totalement dissolu les parois, et l’architecture en général pour la moduler, la manipuler comme ils le souhaitaient. », résume Paul. Et quitte à dissoudre les parois, ce nouveau type de Piper imaginé par Artel n’en garde aucunes, pour les embrasser toutes : « On a en projet de créer des concerts de musique classique dans des lieux improbables, comme des friches, où il n’y a pas d’électricité et grâce aux smartphones, de scénographier l’ensemble et d’éclairer les partitions. ». Mais ça, c’est la seconde étape. La première est de présenter une seconde fois l’objet, plus abouti, lors du festival D’Days en mai aux Arts Décoratifs de Paris. Vous pourrez y voir les effets graphiques suivre les variations du son. À condition d’accrocher votre smartphone au sommet d’une perche à selfie bien sûr.


Pour en savoir plus sur Post Piper, rendez-vous sur la page Facebook Post Piper, le site d’Artel, ainsi que sur le site postpiper.fr. Vous pouvez y découvrir le versant recherche du projet, géré par le philosophe François Gueroué.

Le projet sera exposé aux Arts Décoratifs de Paris du 2 au 14 mai 2017. Pour plus d’informations sur cette exposition : connaissancedesarts.com



Motifs conçus par Tomek Jarolim, directeur artistique du collectif Orbe. Post-piper, école camondo © B.Heller © Atelier Artel 2017