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Quand Anna Erhenstein te montre son travail « Tales of Lipstick and Virtue », elle tourne les pages de son portfolio de ses mains aux longues griffes noir vinyle tout droit sorties d’une salon de manucure de compétition, et te regarde avec de grands yeux de môme, la tête couronnée de pompons roses.





Tu admires d’emblée l’adéquation entre sa thématique artistique et son engagement personnel. Tu te dis que tu vas peser tes mots pour éviter le coup de griffe, et tu pries le Dieu des pompons pour te le mettre dans la poche. Il y a forcément un Dieu des pompons.





Anna Ehrenstein est allemande, d’origine albanaise. Dans ce pays en cours de cicatrisation post-communiste, l’Albanie, elle traque dans la rue et sur Instagram les femmes stylées qui affirment leur personnalité, leur force et leur indépendance en utilisant les accessoires de la cagolerie comme autant de pièces de leur brillante armure. Ces pièces, qu’Anna collecte et ramène en Allemagne pour les mettre en scène façon éditorial de mode, les ancrent solidement dans l’espace social : elles montrent qu’elles peuvent se les payer, et qu’elles les portent par choix personnel. Dans un quotidien hostile, elles savent montrer les griffes (strassées) et le sourire large (rose pétard). Paillettes, froufrous, fonds de teint pastel, doré, rose barbie, plumes, fourrures, vinyle, tout y est, tout est dit, tout et son contraire.






Tout dans le style de ces femmes est à la fois doux et martial, et elles y performent leur propre idée du « féminin ». Car le genre, c’est ça : non pas une qualification extérieure, mais ce qui vient des émetteurs. Il suffit qu’une femme agisse pour que cette action soit féminine, et ce n’est pas un qualificatif restrictif. I’m a free bitch, baby. Tout peut être possible, il suffit d’ouvrir la boîte. Au royaume du virtuel, le potentiel est roi. Enfin plutôt reine. Le royaume des amazones albanaises nous montre à quel point rien n’est jamais acquis, en Albanie comme ailleurs, mais aussi, corollaire positif, que rien n’est figé.














Anna a parallèlement créé son compte Instagram @annaehrenstein pour montrer patte blanche et poser une identité qui la crédibilise auprès de ses modèles. Elle en profite aussi pour explorer la féminité protéiforme avec délectation.




Le post original se trouve ici.


Toutes les images, © Anna Ehrenstein. Son site Internet : annaehrenstein.com. « Tales of Lipstick and Virtue » est exposée à la galerie Lichtblick (Cologne, Allemagne) du 4 au 18 mars 2017.