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La photographie : est-ce une question de bonne résolution ?

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Une nouvelle année commence et c’est le moment d’adopter de bonnes résolutions. On les écrit sur un carnet et on s’y reportera quand on se sentira faiblir. Oui, cette année sera bien différente de la précédente. Seulement voilà : une bonne résolution suffit-elle pour faire une bonne photographie ?

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Expliquons : qu’appelle-t-on résolution en photographie ? Les guides d’achat d’appareils photos numériques mettent tous l’accent sur un seul point : le nombre de millions de pixels de l’appareil photo. Comme s’il y avait là une performance qui évaluait indiscutablement la qualité du matériel. Voilà qui est très réducteur : d’une part, le nombre de pixels est certes un critère, mais aujourd’hui, le moindre appareil compact dispose d’un nombre de pixels tout à fait honorable ; d’autre part, l’innovation numérique se porte plutôt actuellement sur la notion de sensibilité, laquelle permet de prendre des photos dans des conditions très faiblement lumineuses (rendez-vous compte : des bonnes vieilles pellicules à 400 ASA, on est passé à la possibilité de photographier à 204 800 ASA, c’est-à-dire, presque en pleine nuit !). Mais surtout, la résolution d’une photo ne s’exprime réellement que lorsque celle-ci est agrandie ou imprimée : elle est le rapport entre le nombre de pixels et la taille de l’image. Si bien que, si vos photos sont essentiellement destinées à être regardées sur un écran d’ordinateur ou à circuler sur Internet, une trop haute résolution excède très largement vos besoins et ne peut que ralentir le traitement et la circulation de vos photos. La résolution n’est qu’un paramètre.

Edward Burtynsky, Water

Water © Edward Burtynsky

On le comprend bien : la résolution c’est la finesse de l’image, sa qualité de détail. Et cette recherche n’est pas nouvelle : dans les années 1980, on l’appelait le « piqué ». On pouvait alors voir, dans une salle de rédaction, les journalistes penchés sur les tables lumineuses, auscultant les clichés, l’œil rivé au compte-fil (loupe à fort grossissement), traquant le fameux piqué qui permettrait de distinguer les gouttes de sueur sur le front du pilote automobile. Et la qualité de la photo pouvait tenir plus à ce critère technique qu’à son cadrage, à sa composition, ou à son contenu.

L’histoire est même beaucoup plus ancienne : lorsqu’apparaissent les premiers daguerréotypes en 1839, le public est fasciné par le fait qu’une loupe révèle des détails absolument invisibles à l’œil nu. L’opération relève quasiment de la magie : l’image photographique renferme des secrets qu’on découvre comme si l’on ouvrait de minuscules fenêtres.

Friedrich von Martens, Vue de Paris

Friedrich von Martens, Vue de Paris, daguerréotype

Mais la photographie est toujours ambivalente : tandis qu’elle sacre les photographes de l’école de Düsseldorf à travers le luxe de détails des images d’Andreas Gursky ou de Candida Höfer, elle semble accorder une valeur documentaire accrue aux images floues et imprécises des paparazzi, ou aux prises de vue réalisées par des amateurs présents sur un événement. Comme si la résolution relevait plus de l’image construite que de l’image enregistrée.

Alors bien sûr, une bonne résolution ne fait pas une bonne photo. Elle n’est qu’un paramètre de la prise de vue, un choix esthétique (une contrainte aussi). S’il est indispensable de la penser en amont de la prise de vue, le raisonnement qui consiste à photographier toujours dans la plus fine qualité d’image (« qui peut le plus peut le moins ») n’est pas forcément toujours adapté, puisque les photos seront alors lourdes et encombrantes. La voilà notre bonne résolution : vidons un peu ces cartes-mémoires, trions nos photos et rangeons nos dossiers. 2014 va passer très vite.

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