Quand Central Dupon veut devenir le nouveau lien entre photographes et privé : rencontre avec Caroline Stein

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    editorial

    Caroline Stein est chargée des partenariats et des relations institutionnelles au sein du laboratoire Central Dupon depuis plus d’un an. Forte de son expérience aux côtés du collectif Tendance Floue, elle connaît les problématiques des photographes par cœur et y répond aujourd’hui à un poste qui lui donne le rôle d’intermédiaire entre photographes et entreprises.
    Véritable bourreau de travail, elle me propose de la retrouver le 23 décembre à sa pause déjeuner chez une amie commune. Un pique-nique s’improvise, une discussion commence.

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    [pullquote type= »2″ align= »center »] »De plus en plus d’entreprises financent des créations de photographes » [/pullquote]

    OAI13 : Quels ont été les évènements photo marquants de 2013 ?
    Caroline Stein : J’ai pu observer que de plus en plus d’entreprises financent des créations de photographes, que ce soit à travers une commande qui prend en compte le regard de l’auteur ou la sponsorisation de travaux personnels.

    OAI13 : Ce phénomène est-il nouveau ?
    C. S. : Il n’est pas nouveau, mais je l’observe de plus en plus.

    OAI13 : Qu’observes-tu à propos des relations qu’une entreprise peut entretenir avec un photographe ?
    C. S. : J’observe davantage de soins et de précautions apportés au regard d’auteur. Les entreprises font de plus en plus appel à des photographes pour leur nom et leur regard. Elles font un véritable effort pour sortir de la simple couverture marketing. D’autres part, certaines entreprises soutiennent des travaux personnels à la fois par des prix mais aussi par de l’achat d’œuvres. Eurazeo, par exemple, organise un prix et achète les tirages du photographe soutenu.

    OAI13 : À quel niveau interviens-tu entre l’entreprise et le photographe ?
    C. S. : Je peux intervenir assez en amont, d’où l’intérêt de mon poste : je conseille et oriente souvent les projets pour que les droits du photographe soient respectés.

    OAI13 : Tu agis comme un tampon ?
    C. S. : Un peu oui. Je suis surtout un conseiller.

    OAI13 : C’est intéressant que ce soit un labo qui fasse l’intermédiaire entre photographes et entreprises, non ?
    C. S. : Central Dupon le fait depuis toujours. Nos deux patrons mettent naturellement en relation des photographes avec les entreprises avec lesquelles ils collaborent. Mon poste officialise simplement ce que faisait déjà le laboratoire. Central Dupon se fait même rémunérer pour ce rôle d’intermédiaire, qui est donc entré dans une vraie stratégie d’entreprise.

    OAI13 : Pourquoi ?
    C. S. : Parce qu’ils sentent que les photographes sont peu ou pas accompagnés sur ce genre de question, et qu’ils n’ont souvent n’ont pas les connaissances administratives et juridiques pour se protéger.

    [pullquote type= »2″ align= »center »] »Les festivals et les institutions culturelles doivent entrer en contact avec des entreprises » [/pullquote]

    OAI13 : Quels sont les aspects que tu souhaites améliorer au quotidien dans ton travail ?
    C. S. : C’est surtout sur le versant culturel que je souhaite voir les choses s’améliorer. Les festivals et les institutions culturelles sont vraiment en train de pâtir de la situation d’aujourd’hui. Ils doivent entrer en contact avec des entreprises qui seraient à même de devenir partenaires ou sponsors. J’aimerais beaucoup pouvoir aider ces acteurs à trouver ces soutiens. Alors que les subventions publiques sont de plus en plus faibles, je vois souvent des entreprises monter des projets d’exposition : j’essaie alors de les orienter vers un évènement existant.

    OAI13 : Quelles sont les entreprises qui ont les moyens de financer la photographie ?
    C. S. : Des sociétés d’investissement, de plus en plus de groupes d’avocats, des sociétés qui ont un versant international.

    OAI13 : Que leur apporte la photographie ?
    C. S. : Elle leur apporte à la fois une belle image, mais aussi un ancrage dans des valeurs sociales : le développement, la solidarité, la protection de l’environnement, l’engagement.

    [pullquote type= »2″ align= »center »] »L’Etat n’a pas vocation à subventionner tous les évènements photo » [/pullquote]

    OAI13 : Donc les entreprises prennent une place de plus en plus importante par rapport aux financements publics ?
    C. S. : Oui, et c’est ce que je trouve intéressant. Depuis longtemps je travaille sur le développement de partenariats public-privé parce que l’un ne va pas sans l’autre. Aujourd’hui, on ne peut plus envisager de monter un festival ou une association sans envisager ce type de rencontres. L’Etat n’a pas vocation à subventionner tous les évènements photo, grand public ou pas.

    OAI13 : Pourquoi les entreprises ont-elles souvent comme premier réflexe d’organiser leur propre évènement plutôt que de soutenir un rendez-vous déjà existant ?
    C. S. : Tout d’abord, je pense qu’elles ne connaissent pas le milieu. C’est donc difficile pour elles de trouver des référents pour savoir se positionner. Ensuite, je pense qu’il y a aussi une peur de se sentir dépossédée de leur projet.

    OAI13 : Comment réponds-tu à ces craintes ?
    C. S. : J’essaie souvent de discuter pour établir une relation de confiance. J’essaie de leur faire prendre conscience de ce qui existe à côté — par exemple, des évènements dont Central Dupon est partenaire.

    [pullquote type= »2″ align= »center »] »Il faut se connaître et se respecter, comprendre les enjeux des uns et des autres » [/pullquote]

    OAI13 : Quelles sont les limites de ce fonctionnement ?
    C. S. : De se retrouver avec trop de partenaires et de ne plus avoir d’ampleur de création. Mais encore une fois, quand on prend le temps de discuter, les choses se passent bien. La clé de cette relation est de se connaître et se respecter. Il faut comprendre les enjeux des uns et des autres. Pourquoi une entreprise veut-elle s’investir dans la photographie ? Quelles sont ses convictions et ses valeurs ? Et d’autres part, quels sont les besoins d’un photographe, d’un festival ou d’une institution culturelle ?

    OAI13 : Quelle est ta bonne résolution 2014 ?
    C. S. : Continuer à développer des partenariats publics-privés avec tous types d’acteurs culturels, qu’ils soient festival, association ou photographe, que ce soit pour un livre, une expo ou une résidence.

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    Caroline Stein, Central DUpon

    Caroline Stein

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    Molly Benn a co-fondé OAI13 en septembre 2013. Elle en a été la rédactrice en chef jusqu'en 2015. Elle est maintenant Community Editor FR pour Instagram. Ses opinions sur OAI13 sont les siennes et pas celles d'Instagram.