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Qu’est-ce qui fait la vérité d’une photo ?

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Du fond de sa planque, le paparazzo traque le scoop. Et qu’est-ce que le scoop ? Une vérité cachée qui soudain éclate au grand jour. Une intimité révélée. Et plus que n’importe quelle autre forme d’image de commentaire, c’est la photographie qui atteste de cette vérité rendue visible. Une image suffit pour avérer une grossesse, un enfant caché ou une liaison extra-conjugale. Mais à l’ère de la manipulation numérique, sur quels éléments s’appuie donc une image pour « faire vrai » ?

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Avant de parler de l’esthétique propre à l’image des paparazzi, il faut dire quelques mots de leur champ d’action : dans quels domaines sont-ils prêts à révéler la vérité ? Autrement dit : de quels domaines attendons-nous la vérité, sommes-nous prêts à la recevoir, sommes-nous prêts à la croire ? Ici, pas de politique ni de géostratégie, mais plutôt la vérité sur la vie privée, les histoires conjugales, l’occupation de son temps libre (les stars en vacances). Et aussi la vérité des corps : bourrelets présidentiels et fessiers célèbres feront l’affaire. Pour synthétiser : la vérité réside dans les amours secrets, les maillots de bains et les bébés poupougnés.

Et comment se manifeste cette vérité ? D’abord par l’éclair du flash : puisque la vérité éclate, éclabousse le lecteur, il faut la lumière crue du flash. Le paparazzo est un chasseur, il épingle ses proies à chaque coin de rue ou au sortir d’une boîte de nuit, telles des papillons attirés par la lumière. Si le sujet photographié porte des lunettes noires, se cache derrière sa veste ou mieux encore, brandit la main vers l’objectif de l’appareil, la photo n’en sera que plus vraie puisque non désirée. On en vient presque à oublier que ce qu’elle montre est parfaitement anodin.

Ensuite par le grain de l’image, résultat de la prise de vue au téléobjectif et donc, de l’agrandissement de la photo d’origine. Ou bien de conditions de prises de vue à risque, qui ont forcé à prendre l’image à la va-vite, sans possibilités de faire des réglages techniques. Là aussi, c’est mal photographié, donc c’est vrai.

Sebastien Valiela et Pierre Suu

Enfin, et surtout, par l’absence de netteté de l’image. Vous pensiez que la vérité était claire et nette ? Au contraire : elle est floue, voire pixellisée. Moins on en voit, plus c’est c’est vrai ! Etrange renversement de la photo de paparazzi : nous nous accommodons fort bien de ces visages rendus méconnaissables. Nous nous sommes habitués au cryptage de l’image, que ce soit pour des raisons commerciales (le codage de Canal + dans les années 1980), ou des raisons liées au doit à l’image. Comme si nous étions persuadés que derrière le cryptage, ne peut se cacher que la vérité…

Autant que de scoop et de vérité, derrière la photo de paparazzi, il est donc bien question de croyance. Et l’esthétique des paparazzi, une fois qu’elle fut bien identifiée, a pu se décliner et se retourner en mise en scène, avec l’accord des stars photographiées. Dès lors, la photo de paparazzi montre une vérité bien orchestrée : la vérité volée s’est transformée en outil de propagande et de communication.


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  1. […] "Du fond de sa planque, le paparazzo traque le scoop. Et qu’est-ce que le scoop ? Une vérité cachée qui soudain éclate au grand jour. Une intimité révélée. Et plus que n’importe quelle autre forme d’image de commentaire, c’est la photographie qui atteste de cette vérité rendue visible. Une image suffit pour avérer une grossesse, un enfant caché ou une liaison extra-conjugale. Mais à l’ère de la manipulation numérique, sur quels éléments s’appuie donc une image pour « faire vrai » ? […]"  […]

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