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La photographie sportive crée-t-elle des héros ?

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Les sportifs célèbres sont aujourd’hui les stars planétaires. Les grandes compétitions occupent les écrans du monde entier, l’information continue ne laisse personne dans l’ignorance d’un retourné acrobatique ou de quelques centièmes de secondes gagnés. Pour l’indifférent, les superlatifs des commentateurs restituent toute l’importance de la chose sportive. L’omniprésence de l’image vidéo et sa facilité d’accès pourraient laisser penser que la photographie ne joue plus le rôle qu’elle a pu avoir à une époque où elle accompagnait le commentaire de presse. C’était elle, alors, qui portait l’exploit. Mais aujourd’hui, est-elle encore capable de créer les héros ?

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La photographie de sport conserve encore sa capacité à résumer l’évènement et à produire une image accrocheuse. Et elle utilise toutes ses ressources qui, pour certaines, sont de vieilles recettes, pour faire entrer les sportifs dans la mythologie. Partons à la découverte du héros sportif magnifié par la photographie.

Le héros est porteur d’émotions humaines, mais surtout surhumaines. Disons-le : le passage de la ligne avec les bras en V, la remise de la coupe, les podiums font des photos ennuyeuses. Une joie contenue, parfois quelques larmes, toujours la même image. La pose prend le pas sur la personnalité du vainqueur. Non, ce que veut le public, c’est une image brute, avec une émotion brute : la joie est décuplée (félicité des dieux), la souffrance infinie, la folie n’est jamais très loin. Le charisme du sportif est dans ces photos qui nous conduisent aux limites d’une émotion qui nous dépasse.

Reuters

Le sportif est un héros grec (Hercule), il accomplit des exploits. Le lien avec la Grèce antique trouve, bien sûr, son origine dans l’olympisme. Mais c’est Leni Riefenstahl, photographe et cinéaste compromise dans la propagande nazie, qui contribua à institutionnaliser cette image : chargée de réaliser les photographies des Jeux olympiques de Berlin en 1936, elle invente de nombreux procédés pour multiplier les points de vue originaux. Au cœur de ceux-ci, la contre-plongée : le regard d’en-bas (misérables mortels) sur les dieux du stade, sculptés par l’ombre et la lumière comme des statues figées pour l’éternité.

Leni Riefenstahl

Leni Riefenstahl

Cette contre-plongée va devenir un poncif de la photographie sportive, à tel point que de nos jours, dans un stade d’athlétisme, la place assignée aux photographes impose majoritairement cet angle de vue. Décidément, les dieux nous dominent.

Neil Leifer

Neil Leifer

Les Dieux du Stade sont devenus aujourd’hui une marque déposée de calendriers de rugbymen déclinant la même imagerie du héros grec jusqu’aux confins d’une photographie érotique.

François Rousseau

François Rousseau

Puisque le héros loge dans l’Olympe, c’est-à-dire au ciel, il vole.

Robert Deutsch

Robert Deutsch, USA Today Sport

Combinant la contreplongée et sa capacité à l’instantanéité, la photographie peut saisir les super-pouvoirs du héros qui, tel Superman, va se saisir de l’objet convoité.

Il échappe à la gravité, réalise le grand rêve humain, se meut dans l’espace avec son corps désarticulé.

Le sport a besoin de héros, les héros ont besoin d’images. Mais attention : la légende ne serait pas complète sans la chute du héros, une manière de lui rendre toute son humanité.

Rick Rickman

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