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Galerie rapide : cliquez sur une image pour tout visionner. Suite de l’article ci-dessous.



Pour la deuxième année consécutive, OAI13 est partenaire du prix Lucas Dolega qui soutient un photojournaliste freelance dans sa forte implication sur le terrain. Pour cette cinquième édition, le jury a choisi de distinguer le projet « Iran, multi piece identity » du photographe iranien Hashem Shakeri. C’est par caméras interposées que j’ai rencontré le jeune lauréat. Chacune de ses photos trahit son engagement profond, et non sans risques, pour la défense des libertés au sein de son pays.

| Toutes les photographies © Hashem Shakeri. Avec l’aimable autorisation de l’association Lucas Dolega et de l’artiste.


© Hashem Shakeri. (2015) Mina an actress in a performance. Tehran, Iran
© Hashem Shakeri. (2015) Téhéran, Iran. Mina, actrice, durant une performance.


« Dans notre société, un jour tu dois rire, un jour tu dois pleurer. Un jour, tu dois être heureux, l’autre jour, tu dois être triste. Tout est décidé pour toi et tu ne peux agir ou choisir librement. »– Hashem Shakeri


Les images prises par ce jeune photographe iranien de 27 ans semblent raconter de multiples histoires juxtaposées. Mais à y regarder de plus près, toutes sont, à leur façon, aux prises avec la même réalité : celle d’individus qui, après la révolution de 1979 et l’instauration de la République Islamique, se sont vus contraints d’adopter un mode de vie et de pensée unique. Pour ne citer que quelques exemples : hijab obligatoire pour les femmes, interdiction de l’alcool et censure des réseaux sociaux. « Iran, identité multi-pièces » raconte l’histoire d’une identité qui, à défaut de pouvoir porter les couleurs des multiples individualités qui composent la société iranienne, finit peu à peu par s’étioler et se fragmenter.

J’ai skypé Hashem un mardi après-midi. Moi à Paris, lui à Téhéran, il me dit « bonsoir ». Il est 19h45 en Iran. Une heure durant, il m’a raconté, avec l’aide d’une femme traduisant chacune de ses paroles en anglais, son travail, l’histoire des personnes qui habitent ses images faute de pouvoir être pleinement elles-mêmes.

Tout commence alors que ma connexion Skype saute, et que les micros saturent à moitié.


Bonjour Hashem. Félicitations pour le prix. Pour commencer, j’aimerais savoir pourquoi et comment tu as commencé à photographier ce que tu appelles « l’identité iranienne fragmentée » ?

D’accord. Ce projet à débuté il y a cinq ans. Je voulais travailler sur l’influence du pouvoir en Iran. C’était en 2008, un an avant les élections présidentielles et j’ai vu les illusions qui berçaient les gens et leur espoir de changement. J’ai perçu de nombreuses interrogations à ce moment là, sur la manière dont les iraniens cherchaient à définir leur identité. En tant que membre d’une communauté de jeunes artistes iraniens, j’ai senti, tout comme les autres, cet espoir. Ça m’a interpellé, et m’a rendu plus attentif à cette problématique.



© Hashem Shakeri. (2014) A group of young people have come to the beach to watch the sunrise, in Darya Kenar (the sea side) northern Iran. In Iran, women are only allowed to swim in certain limited areas specified by the government.
© Hashem Shakeri. (2014) Un groupe de jeunes gens sont venus à la plage pour regarder le lever du soleil, à Darya Kenar, au nord du pays. En Iran, les femmes ne sont autorisées à nager que dans certaines zones limitées spécifiées par le gouvernement.



J’ai alors eu envie de retranscrire cette réflexion et toutes ces choses afin de clarifier ma pensée. Vous savez, dans la mesure où l’Iran est une société paradoxale, j’y reviendrai plus loin, je sens que je ne peux pas y progresser. La modernisation touche certes cette société, mais il y a toujours beaucoup de pression à l’égard des personnes. Dans mon pays, il n’y a qu’une manière de vivre possible, qu’une manière d’être.


Ok. Et, selon toi, quelles sont les mesures prises par le gouvernement iranien pour décourager l’expression de formes identitaires autres que celle qu’il impose, et quelles en sont leurs conséquences ?

Dans notre société, selon les évènements publiques ou politiques, un jour tu dois rire, un jour tu dois pleurer. Un jour, tu dois être heureux, l’autre jour, tu dois être triste. Tout est décidé pour toi et tu ne peux agir ou choisir librement. Ce gouvernement te force à croire ce que tu ne peux pas accepter et que tu ne veux d’ailleurs pas accepter. Un jour, ils te demandent de faire certaines choses et le suivant, ils t’enjoignent à en faire d’autres. Or, quand le gouvernement te demande de cacher tes croyances et tes idées, tu ne peux pas te trouver toi-même, en tant que personne, correctement. Tu ne peux pas avoir de personnalité. Quand ils s’accaparent ton individualité, tu n’es plus en mesure de faire correctement des choix car tu n’as aucune idée précise sur rien et tu finis par renoncer à ton propre chemin.

D’après le gouvernement, il n’y a qu’une manière d’être dans cette société et c’est pourquoi les gens perdent leur identité, leurs idées propres. Ça me donne l’impression que l’avenir des Iraniens est comme mis en pause, car on ne peut pas vraiment faire de choix si on est pas soi-même.


(Hashem, en arrière plan de ma caméra, accompagne chacune de ses paroles de gestes qui engagent sa personne toute entière : ce travail, ce n’est pas seulement celui d’un jeune photographe qui cherche à faire ses preuves, c’est aussi, et surtout, celui d’un homme qui cherche à se construire dans une société qui ne laisse à personne l’opportunité de tracer son propre sillon).



© Hashem Shakeri. A group of  iranian women, dressed in black chadors, in Tehran street , before the 11th presidential election of Iran which was held on June 14th, 2013
© Hashem Shakeri. Un groupe de femmes iraniennes, habillées en tchador noir, dans la rue de Téhéran. Cette scène a eu lieu juste avant les onzième élections présidentielles iraniennes du 14 Juin 2013



J’ai lu que pour parler de ton travail, tu utilises cette citation de Goethe : « Celui qui ne connaît pas les langues étrangères ne connaît rien de sa propre langue. ». Ou encore : « Celui qui connait l’un, ne connait rien. ». Qu’est-ce que cela signifie pour toi ?

Je l’entends ainsi : quelqu’un qui ne connait qu’une langue, il ou elle ne connaît rien. C’est-à-dire que l’individualité de chacun doit être protégée afin de pouvoir communiquer avec les autres. En tant qu’individu, je dois comprendre l’autre et non pas seulement moi-même. Or dans la société iranienne, je trouve que nous ne nous soucions que de nous-mêmes et nous oublions effectivement les autres personnes en raison de la place centrale de la nation ou de notre perte identitaire. C’est très paradoxal, en étant centré sur soi, mis sous pression, on en arrive a oublier qui on est.


Est-ce seulement ce que tu veux montrer dans tes images ou est-ce aussi ton approche en tant que photographe ?

Les deux. Je ne me concentre pas sur quelque chose de déterminé car je ne veux pas traiter mon sujet de manière frontale. Je sens que je suis un peu chaque figure que je décris à travers mes photos. C’est difficile de faire des images de ces personnes sans avoir d’abord cherché à les comprendre complètement. Tous les jours je suis confronté à des gens qui se posent de multiples questions, et c’est en discutant avec elles que je peux les comprendre.

De manière générale, j’essaie de nouer des liens avec chaque personne que je photographie. De cette manière, j’arrive a être plus proche d’elles, ce qui est important pour pouvoir capturer leur état d’esprit. J’étais déjà proche de certaines d’entre elles avant que je ne les photographie. Pour d’autres, je les ai rencontrées au cours de ce projet, comme Pedram par exemple, un homme homosexuel qui a émigré en Malaisie.


« Si deux personnes en couple n’ont pas la moindre idée de leur avenir, il y a des chances pour que leur enfant, et la prochaine génération, soient comme eux, porteurs des mêmes doutes. » – Hashem Shakeri


Les personnes que je photographie sont souvent en état de détresse ou ,selon moi, possèdent une certaine profondeur d’âme. On ne prête pas forcément attention à ce genre d’individus. Mais quand tu les as face à toi, tu ne peux t’empêcher de penser que leur situation ou que le moment qu’ils vivent a quelque chose de dramatique.



(Hashem me présente alors quelques-unes de ses images)


© Hashem Shakeri. 	(2014) Delnia, the 12 year old girl who has come to the beach with her family for fun. She is running toward the flashlight her father is shining at her. Babolsar, Iran
© Hashem Shakeri.(2014) Babolsar, Iran. Delnia, 12 ans, est venue à la plage avec sa famille pour le plaisir. Elle court vers la lampe de poche de son père pointée dans sa direction.



Cette jeune fille par exemple, elle court. Mais l’avenir est incertain pour elle. Il se pourrait que dans ce futur, elle se pose, à son tour, plein de questions. Elle est à l’image des autres personnes dans notre société qui sont comme emprisonnées, sans réelles possibilités de pouvoir décider pour et par elles-mêmes. Si deux personnes en couple n’ont pas la moindre idée de leur avenir, il y a des chances pour que leur enfant, et la prochaine génération, soient comme eux, porteurs des mêmes doutes.

Finalement, je veux rendre compte de l’atmosphère et des sentiments que j’ai ressentis au contact de mes parents, de mes amis et dans lesquels j’évolue ; Une atmosphère dans laquelle il n’y a pas d’identité stable.



© Hashem Shakeri. 	(2014) Pedram and Gibbson are caressing each other in home . Cyberjaya, Malaysia. Homosexuality is illegal in the Islamic Republic of Iran, just like other Islamic countries.  Pedram is a 26 year old homosexual who lives in Iran. He was forced to emigrate from Iran 4 years ago despite his real love for his partner. Although his family did their best to understand his situation, social oppression, limitations, insults and harassments obliged him to emigrate to Malaysia . It has been a year and a half that he has been living with his new partner, Gibbson, in Cyberjaya, Malaysia, continuing his studies and developing his art.
© Hashem Shakeri. (2014) Cyberjaya, Malaisie. Pedram et Gibson se caressent mutuellement chez eux. L’homosexualité est illégale dans la République islamique d’Iran, tout comme dans les autres pays islamiques. Pedram est un homosexuel de 26 ans originaire d’Iran. Il a été forcé d’émigrer de son pays il y a 4 ans malgré son amour sincère pour son partenaire. Bien que sa famille ait fait de son mieux pour comprendre sa situation, l’oppression sociale, les restrictions, les insultes et les harcèlements l’ont obligé à partir vers la Malaisie. Depuis un an et demi, il vit dans la ville de Cyberjaya avec son nouveau partenaire, Gibson, tout en poursuivant ses études et en développant son travail artistique.



Cet homosexuel a dû s’exiler en Malaisie car l’Iran, son propre pays, ne l’accepte pas tel qu’il est. Il sait que si il était resté, il aurait risqué de se faire tuer ou d’être mis en prison par le gouvernement. Je suis allé le rencontrer en Malaisie, dans le seul but de prendre quelques images de lui et de sa vie.


Chaque image raconte-t-elle sa propre histoire ou son propre conflit avec la conception officielle de l’identité iranienne, ou est-ce toujours la même histoire ou le même conflit, mais dans différentes situations ou sous différentes formes ?

Mes images ont clairement toutes le même point de départ. Chacun à son propre jugement critique, qu’il garde pour lui, et sa propre façon de se confronter à ses conflits intérieurs.


Tu pourrais me donner un exemple ?

La photo la plus importante de cette série et qui montre le mieux cette identité à pièces multiples est la première image. On y voit le visage d’une femme qui veut participer aux élections présidentielles, tandis que des hommes, assis sur un panneau indiquant un seul chemin, regardent chacun dans une direction différente. Tout est confus et personne ne semble savoir ce qu’il ou elle veut vraiment.



© Hashem Shakeri. On June 15, 2013 Iranian people, while celebrating the victory of Dr. Hassan Rohani in the 11th presidential election, shouted slogans on the streets, demanding the freedom of all political prisoners, most importantly Mir Hossein Mousavi and Karroubi , the nominees for the previous presidential election of the Islamic Republic of Iran. Tehran, Iran
© Hashem Shakeri. (15 juin 2013) Téhéran, Iran. Le peuple iranien crie des slogans dans les rues, exigeant la liberté de tous les prisonniers politiques, notamment celle de Mir Hossein Moussavi et de Karroubi, candidats à la précédente élection présidentielle de la République islamique d’Iran, tout en célébrant la victoire du Dr. Hassan Rohani à la nouvelle élection présidentielle.



Ce panneau d’affichage et sa direction, ces trois hommes, leurs visages et cette femme : les différentes directions qu’ils proposent et qui s’entrecroisent mutuellement, montrent à mon avis, l’avenir de mon pays, l’Iran. Cette image est très importante pour moi. Elle montre à la fois que cet avenir, plein de peurs, mais aussi d’espoir, n’est pas vraiment défini et que chaque personne possède aussi son propre chemin. L’Iran est dans une situation critique, et devra peut être faire face à des conflits dans le futur, comme conséquence de cette situation. Les Iraniens n’ont qu’un seul but, celui de libérer leur pays de ces troubles. Ils veulent être des individus libres.


Tes photos représentent surtout des personnes. Sur la dernière photo par contre, le focus change: tu montres des dispositifs gouvernementaux (un avion de contrôle notamment). Pourquoi ?

La dernière image est une image symbolisant l’avenir gris de l’Iran. Il n’est ni blanc, ni noir, mais confus et ambigu.



© Hashem Shakeri. (2011) A remote control plane passing by the tallest telecom Tower (Milad) in middle east. while forbidding the use of satellite dishes, the government confiscates all the dishes it can find in people's homes and signals noises in order to disrupt the broadcast of satellite channels and programs. These are done, Iranian officials claim, in order to fight against obscenity; however, the channels that are blocked are mainly those that broadcast political news. After the 2010 presidential elections, noise transmission increased greatly. Inside and outside Iran, people have protested widely - albeit to no avail - to noise transmission, specifically since it is believed to be harmful to health. Infertility and damage to the nervous system are among the most important conditions caused by noise transmission. Milad tower in Tehran (the tallest tower of Iran) is used both for telecommunication and the signalling of noise. Tehran, Iran
© Hashem Shakeri. (2011) (2011) Téhéran, Iran. Un avion de contrôle à distance passant devant la plus haute tour de télécommunications (tour Milad) du Moyen-Orient, également utilisée pour la création d’interférences. Alors qu’il interdit déjà l’utilisation d’antennes paraboliques, le gouvernement confisque aussi toutes les paraboles qu’il peut trouver dans les maisons des gens et envoie des interférences afin de perturber l’émission des chaînes par satellite et des programmes. Les responsables iraniens affirment que ces mesures sont prises dans le but de lutter contre l’obscénité ; Cependant, les canaux bloqués sont principalement ceux qui diffusent des informations politiques. Après les élections présidentielles de 2010, les interférences ont considérablement augmenté. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Iran, les gens ont largement protesté, en vain. Et ce, d’autant plus que celles-ci sont estimées comme étant nocives pour la santé. Infertilité et endommagement du système nerveux comptent parmi les effets les plus importants causés par la transmission du bruit.



Peux-tu montrer tes photos en Iran ?

Ce n’est pas facile de répondre à cette question. Quand tu es un artiste en Iran, tu dois faire face à certaines restrictions et tu n’es pas libre de t’exprimer librement. Vouloir rendre les Iraniens plus conscients de leur situation peut s’avérer difficile car tu cours alors le risque que le gouvernement t’arrête et t’entrave afin de leur dicter ses propres croyances.



( Voir aussi : Iran, Corée du Nord : La réalité de l’autocensure )


© Hashem Shakeri. (2014) A theatrical rehearsal in Tehran, Iran. There are lots of young artists in Iran with creative ideas. However, due to the lack of a homogenous administrative system for the Iranian theatre, it is difficult for the independent theatrical groups of young people to succeed. One cannot make a living out of theater, in Iran.
© Hashem Shakeri. (2014) Une répétition de théâtre à Téhéran, en Iran. Il ya beaucoup de jeunes artistes en Iran avec des idées créatives. Toutefois, en raison de l’absence d’un système administratif homogène pour le théâtre iranien, il est difficile pour les jeunes troupes indépendantes de réussir. En Iran, on ne peut pas vivre du théâtre.


« Il y a tellement de jeunes gens talentueux dans mon pays, mais, peut-être du fait de ces restrictions, ils ne peuvent ni se perfectionner, ni développer complètement leurs capacités. Je continue pourtant de croire en eux et j’espère pouvoir les influencer, ne serait-ce qu’un peu. » – Hashem Shakeri


Mais si j’ai fait ce projet, c’est parce que je souhaite qu’il puisse permettre aux personnes qui les découvrent d’être plus instruites, plus attentives vis-à-vis de leur environnement et du monde qui les entourent. Pour qu’elles comprennent ce qu’il se passe en elles, qu’elles se découvrent elles-mêmes et trouvent leur propre chemin. Ce projet peut être vu comme un micro choc. Il y a tellement de jeunes gens talentueux dans mon pays, mais, peut-être du fait de ces restrictions, ils ne peuvent ni se perfectionner, ni développer complètement leurs capacités. Je continue pourtant de croire en eux et j’espère pouvoir les influencer, ne serait-ce qu’un peu.


Quels changements as tu vécu en tant que personne en travaillant sur ce sujet ?

Je ne sais pas comment l’expliquer, car ce projet a vraiment influencé ma vie personnelle. Les années passées à travailler dessus m’ont rendu plus adulte et m’ont apporté des éléments permettant de mieux me connaître, notamment en affirmant ma personnalité.

Maintenant, je peux en quelque sorte sentir mon âme dans ce projet. L’art dans lequel on n’y met pas du sien, à mon avis, ne fonctionne pas. Et je crois fermement à la fécondité de l’art dans des situations de détresse, de conflits et de douleur. Tant que vous ne sentez pas vous-même cette douleur, votre art n’a aucune de signification.


Merci pour ton temps Hashem, et à ton amie traductrice. On espère que ton travail atteindra son but. Félicitations encore pour le prix.

(Nous nous disons au revoir, et la discussion prend fin. Un dernier grésillement fait place au bruit de raccrochage de Skype.)



Pour aller plus loin :

– Hashem Shakeri, né en 1988, vit à Téhéran, la capitale iranienne. Diplômé d’architecture, il pratique la photographie depuis 2006.
– Grâce au prix Lucas Dolega, organisé par l’association du même nom, le jeune photographe se verra dôté d’un soutien financier de 10 000 euros. Son reportage sera exposé à Paris et publié dans l’album photo de Reporters sans Frontières.