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Quel avenir pour le photojournalisme ? Du côté des photographes…

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Du 31 août au 9 septembre, (presque) tous les yeux sont tournés vers Perpignan : la 25e édition du festival Visa pour l’Image s’y déroule. L’occasion, comme chaque année, d’y faire un bilan entre professionnels. Depuis plusieurs années, la profession souffre à cause de la crise de la presse, et même de la crise tout court. Baisse des commandes, précarité des photojournalistes, crises des agences et des publications, le moral n’y est pas, et l’argent non plus. Cette année, Our Age Is Thirteen souhaite ouvrir les perspectives en posant une question aux acteurs de la profession : « Qu’imaginez-vous pour l’avenir du photojournalisme ? »

Aujourd’hui, du côté des photographes, découvrez les réponses de Robin Hammond, William Daniels, Andrew Esiebo, Brenda Ann Kenneally et Pierre Morel.

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Robin Hammond (Nouvelle-Zélande)

Age13 : Comment ton travail a-t-il évolué ces dernières années ? Comment t’es-tu adapté ?

R-H : : Au cours des cinq dernières années, j’ai peu à peu cessé d’être un photographe travaillant à la commande pour réaliser des projets que j’initie en majorité moi-même. C’est une évolution très consciente. Je voulais plus de temps pour documenter les problématiques que l’on me demandait de couvrir. Je suis sincèrement reconnaissant aux responsables photo avec lesquels j’ai eu la chance de travailler toutes ces années, et je comprends parfaitement les contraintes budgétaires auxquelles ils doivent faire face. Mais certains sujets sont complexes et demandent advantage que quelques jours pour être traités correctement. Donc pour moi aujourd’hui, les magazines sont une pièce importante du puzzle que représentent la production, le financement et la diffusion d’un travail, mais ils ne sont plus nécessairement une finalité en soi ou les seules sources de financement d’un projet.

Travailler sur un sujet des semaines, voire des mois au lieu de n’y consacrer que quelques jours me permet de l’appréhender beaucoup plus en profondeur et permet au public, en tout cas je l’espère, de beaucoup mieux le comprendre.

Age13 : Qu’imaginez-vous pour l’avenir du photojournalisme ?

R-H : J’ai grandi, dans la photographie, au son du glas du photojournalisme, qui revient régulièrement. Et pourtant je vois toujours quotidiennement sur mon ordinateur de formidables nouveaux sujets. A mon avis, il faut faire la distinction entre les manières traditionnelles de financer un projet et le projet lui-même. Nous sommes nombreux à déborder d’énergie pour documenter le monde, et tant que nous sommes animés par la volonté de raconter ces histoires, nous trouverons le moyen de le faire.

Du côté du public, dans un monde où presque tout le monde a un appareil photo et où les images naissent et disparaissent à une vitesse folle, je crois qu’il y a un désir de voir des sujets engagés, qui demandent du temps pour les regarder ; des sujets qui offrent un point de vue sur des situations que nous ne connaissons pas ou des sujets qui montrent notre propre monde sous un éclairage différent. Je pense que le photojournalisme a toujours un rôle à jouer.

En plus, nous discutons souvent du photojournalisme comme s’il n’existait qu’en Occident. Avec l’augmentation des richesses dans les pays en développement, des millions de personnes ont un meilleur accès à l’information et commencent à voir la photographie comme une forme d’art plutôt que simplement un moyen de conserver la trace d’un événement. Et si, tout simplement, que le public de la photographie ne pouvait que croître, et non se réduire comme une peau de chagrin et mourir ?

Ce qui est sûr, c’est que nos marchés traditionnels sont en train de changer, et que le photojournalisme lui-même change, mais cela ne signifie pas qu’il est mort.

www.robinhammond.co.uk

Crédit photo : Mads Nørgaard


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Andrew Esiebo (Nigeria)

Age13 : Qui sont tes clients ? Les médias africains, occidentaux… ? Ressens-tu la crise du photojournalisme ?

A-E : J’essaie de travailler de façon diversifiée, avec des médias en Afrique et dans le monde. C’est peut-être pour ça que je ne ressens pas tant que ça les effets de cette crise. J’aime la liberté, je ne veux pas me sentir enfermé dans un genre photographique. Donc je peux travailler dans une multitude de domaines – artistique, documentaire, commercial… Je vois tout sous la forme du storytelling. Je sais ce que je veux en matière de photographie, donc j’organise mon temps, j’adopte une certaine discipline, envers mon emploi du temps comme envers moi-même. Je ne dépends pas nécessairement de commandes, je dépends de projets. J’initie ou je propose des projets, ce qui implique de passer par la rédaction d’une note d’intention. Ils ne se concrétisent pas toujours immédiatement, donc je les garde sous le coude en espérant qu’un jour, tel projet correspondra à un appel à candidatures, par exemple, ou intéressera quelqu’un. Et je travaille comme ça depuis 3-4 ans maintenant. C’est une question de maturité, je sais maintenant ce que je veux. Je fais de la photographie de manière instinctive, sans références particulières, ni modèle. C’est la passion qui m’a guidé. Du coup, je n’ai aucune barrière : je me sens à l’aise avec les galeries, avec les ONGs… Je ne me suis enfermé dans aucune case.

Pour revenir au photojournalisme, je ne reçois pas de commande de médias africains. J’ai quelques commandes de médias occidentaux, mais surtout d’institutions.

Age13 : Est-ce que le photojournalisme se développe en Afrique ?

A-E : Je ne peux parler que du Nigéria. Ici, il n’existe pas de véritable structure pour le photojournalisme. Nous avons de la presse, mais la plupart ne consacre pas d’espace aux photoreportages. Peut-être plus dans les magazines, et encore, ils sont très orientés People. En revanche, il y a toute une nouvelle génération de jeunes photojournalistes émergeants, des personnes qui veulent vraiment raconter des histoires. Ça oui, c’est en développement. Du coup, ils s’adressent au marché occidental. Ici au Nigéria, il n’y a aucune demande pour du photojournalisme. En actu dans un titre de presse, les photographes ne sont pas bien payés, les images sont mal utilisées… Mais ces jeunes photographes existent parce qu’ils ressentent le besoin de raconter et que l’accès à l’équipement est beaucoup plus facile. Il suffit d’avoir un iPhone, de le partager sur Facebook, à travers un blog… Ce sont de nouvelles façons de raconter des histoires, voire d’arriver à les vendre.

Age13 : Qu’imagines-tu pour l’avenir du photojournalisme ?

A-E : Je crois que nous, les photographes, sommes revenus du modèle des agences, qui contrôlaient les images et étaient contrôlés par les titres de presse. Mais Internet a ouvert la porte à tellement de personnes ! Ce que nous devons faire maintenant, c’est s’adapter – aux nouvelles technologies, aux nouvelles formes de diffusion. Et au lieu d’attendre que quelqu’un vous demande quelque chose, mieux vaut commencer quelque chose soi-même. Et peut-être y mêler le corporate en associant au projet une entreprise privée en termes d’investissement, de responsabilité, chercher du soutien en déterminant ce que cette entreprise peut apporter au projet et ce que vous pouvez lui donner en retour.

Je pense aussi que les photographes doivent être actifs dans le monde des réseaux sociaux. Bien sûr, ça ne rapporte ni argent ni commande, mais y être présent peut se transformer en plateforme pour décrocher des contrats avec des entreprises qui seraient séduites par le fait que la personne est en contact avec des milliers de personnes. C’est une façon de faire parler de soi, que ce soit pour le photographe ou le commanditaire. Et si le photographe ne sait pas amorcer ce type de fonctionnement, il peut s’associer avec des personnes spécialisées dans cette forme de relations.

andrewesiebo.com

Crédit photo : Andrew Esiebo


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William Daniels (France)

Age13 : Comment ton travail a-t-il évolué ces dernières années ? Comment t’es-tu adapté ?

W-D : Quand j’ai commencé à travailler, il y a plus de 10 ans, la presse ne finançait pas du tout mes sujets. J’ai donc trouvé des moyens parallèles pour financer mes projets et notamment en m’associant avec des ONGs. Puis, petit à petit, j’ai fini par réussir à vivre de mes travaux pour la presse. Cela dit, la profession souffre aujourd’hui d’un déficit de commandes. Néanmoins, les « gros » journaux tels  National Geographic, Geo ou Le Monde continuent de produire des sujets photographiques. La différence se fait aujourd’hui sur les petites commandes, qui sont nettement moins nombreuses. Quand j’ai débuté dans la profession, on arrivait facilement à survivre en bricolant grâce à elles. Alors que les jeunes qui s’insèrent sur le marché aujourd’hui ont beaucoup plus de mal à trouver ces petits travaux.

Ce qui est sûr, c’est que le financement des reportages s’est décalé. On est passé d’un financement par la presse à du financement personnel ou par les bourses. De plus en plus de photographes s’adressent également à des ONGs.

Il faut de toute façon faire un gros travail de démarchage pour réussir à faire passer ses sujets. Les projets importants auxquels on tient sont rarement des commandes. Il s’agit plutôt de projets auxquels on a pensé, sur lesquels on a travaillé et que l’on vend ou pré-vend à un magazine. En ce moment, je travaille beaucoup pour proposer des sujets aux magazines avec qui j’ai envie de continuer à collaborer.

Age13 : Qu’imagines -tu pour l’avenir du photojournalisme ?

W-D : Je ne vais pas dire ce que j’imagine, mais ce que j’espère.
J’espère que l’économie d’Internet va réussir à générer des sous pour produire. Pour l’instant, ça n’est pas le cas. J’aimerais que tout l’argent que représente le droit de regarder les images puisse servir et arrive dans les poches des photographes pour qu’ils puissent continuer à produire. Parce que la presse n’est pas morte, elle se transforme.

williamdaniels.net

Crédit photo : Molly Benn


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Pierre Morel (France)

Age13 : Comment ton travail a-t-il évolué ces dernières années ? Comment t’es-tu adapté ?

P-M : Je me suis lancé en avril 2008, juste après ma formation en photojournalisme à l’Emi-CFD. Je n’ai donc pas dix ans de recul, mais plutôt cinq. J’ai eu beaucoup de chance avec des commandes presse et institutionnelles dès mon entrée dans la profession. Les trois premières années, jusqu’en 2011, même si ça marchait, je restais dans une situation plutôt précaire au sens financier : difficulté à bien gérer son argent, à faire avec les retards de paiement, à tarifer correctement… Qui plus est, j’avais peut-être moins confiance dans ma photographie qu’aujourd’hui, j’étais moins ouvert à l’extérieur, je prenais peu de risques. J’ai néanmoins plusieurs bonnes expériences : j’ai travaillé pendant un an en pige salariale (qu’il a fallu obtenir) avec le magazine Vivre Paris, qui débutait. Je gagnais entre 1 000 et 1 500 €/mois avec la photographie en moyenne, ce qui était trop juste pour être stable.

En 2011, suite à des changements personnels, j’ai pris un billet pour Beyrouth, où je suis resté 10 jours. J’y allais surtout pour me changer les idées et produire un déclic. J’ai obtenu la carte de presse à mon retour, signe que le vent commençait à tourner. Puis je suis parti en Serbie de novembre 2011 à juillet 2012. J’y ai appris à parler couramment l’anglais et surtout à prendre des risques, à photographier beaucoup et à me mettre en danger. Plus important encore, j’y ai découvert qu’il ne faut plus penser la photographie comme “France to France”, mais qu’il faut l’envisager au niveau global. J’ai contacté des magazines internationaux, je suis rentré chez ReservoirPhoto (système de diffusion via PixPalace où l’on récupère 100% des ventes contre une cotisation mensuelle de 100 € environ), et j’ai fait des petits sujets là-bas. Je me suis rendu compte qu’il fallait être plus ambitieux, montrer davantage ces images. A mon retour à Paris, les collaborations s’enchaînent très rapidement (Chili, Chypre, vidéo, site Web sur le ski), à tel point que mon chiffre d’affaires 2013 est trois fois plus important que tout ce que j’ai gagné avant, à la fois en auteur photographe et en pige salariale. Cette année, je collabore avec Grazia, Libération ou Le Pélerin pour la première fois. Je multiplie les lectures de portfolio. J’ai le sentiment d’arriver à plus de lucidité sur mon métier. C’est surtout le fait de l’envisager positivement, sans aigreur, qui permet, je pense, que ça marche. Je me rends compte que je parle plus de carrière que de métier. Je ne pourrais pas dire si c’est mon métier qui a évolué dans le bon sens ou moi qui me positionne mieux… En tout cas, ce parcours renforce ma conviction que l’on peut vivre de ce métier et faire des choses qui nous plaisent.

Age13 : Qu’imagine tu pour l’avenir du photojournalisme ?

P-M : Que des bonnes choses ! Tous les jours, je suis époustouflé par la qualité des photos, vidéos et projets qui tournent sur le Web, venant du monde entier. Une grande partie du monde a désormais accès à la démocratisation des produits culturels, des appareils photo et du numérique, et ça permet à une nouvelle génération de documenter son quotidien, de le partager. C’est extrêmement réjouissant, cette intensité, cette information. Ça fuse à tout-va. Je ne suis donc pas inquiet sur la qualité et sur la présence d’image à l’avenir, sous une multitude de formes et sur une documentation de notre quotidien.

En revanche, je pense que dans nos pays traditionnels du photojournalisme, les gens ont tout simplement peur de ces changements qui remettent en cause un certain confort, certaines conditions de travail et de nouvelles façons de faire. Le métier est peut-être moins intègre qu’avant. Je crois que ce qui gêne pas mal de monde, c’est la perte d’autorité sur ce qu’est l’image et l’information aujourd’hui. Du coup, on perd confiance.

Je pense qu’en tant que photojournaliste, on tend, comme dans l’économie en général, à s’envisager comme une entreprise individuelle, une sorte de “hub” où transitent d’un côté les financements que l’on reçoit de sources différentes (bourses, corporate, mariages, livres, expos, presse, gouvernement, crowdfounding) et de l’autre une diffusion multiple (webdoc, presse classique, livre, expo, affichage mural, blog, instagram, etc.). Qui plus est, un travail corporate peut nourrir (un travail presse et inversement. Il faut donc être extrêmement diversifié et rester ouvert, à l’écoute de notre époque et des autres créatifs qui nous entourent (vidéastes, rédacteurs, graphistes, webmarkeurs et grand public). C’est peut-être ma position de freelance qui me fait dire ça, mais je trouve qu’elle donne la chance de rester plus en alerte sur les évolutions de notre métier que le salariat dans une boîte.

Mais je finirais par un important contrepoint : cette évolution structurelle de notre façon d’envisager le travail ne va pas sans questions ni problèmes. Quid de l’éthique à faire du corporate puis de la presse ? Quid de la protection sociale qui, en France, ne nous permet pas d’avoir d’assurance chômage sur nos revenus Agessa ? Quid de notre protection en tant que journaliste à la fois sur les terrains dangereux, mais aussi en France en cas de problème de droit à l’image par exemple ? La structure collective d’un journal garantissait mine de rien, une protection et une médiation où le photographe trouvait sa place et était, du coup, protégé. Nous sommes lâchés au milieu des loups, nous sommes devenus des concurrents potentiels, vivant sur le fil du rasoir. Il faut être formé et préparé à cela. Ce sont, je pense, les vraies questions problématiques d’aujourd’hui et de demain qui doivent nous intéresser en tant que photographes.

pierremorel.net

Crédit photo : Matt Luton


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Brenda Ann Kenneally (USA)

Age13 : Comment t’es-tu adaptée à l’évolution du photojournalisme ?

B-A-K : En vérité, rien n’a vraiment changé pour moi si ce n’est qu’il y a maintenant beaucoup plus de gens qui travaillent avec la philosophie qui a toujours été la mienne.

Je travaille, puis je trouve les moyens de financer mes projets, et non l’inverse – trouver l’argent pour réaliser les sujets que je souhaite faire. Je n’ai jamais eu beaucoup de commandes, donc maintenant que je n’en ai plus du tout – et cela depuis août 2010 -, ça ne m’affecte pas vraiment. The New York Times me demandait généralement de travailler sur des projets dont ils savaient qu’ils me plaisaient et m’importaient – c’est une chance immense, mais cela me limitait en termes de diversité de sujets. Aujourd’hui, je travaille sur ce qui, pour les magazines, semble être le même projet depuis neuf ans – depuis avril 2013, cela fait neuf ans que je photographie à Troy, dans l’Etat de New York. D’ailleurs, la photo de Une date d’hier. Le groupe d’enfants que j’ai photographié – j’en ai vu naître certains – traîne sur le site des dernières usines de la révolution industrielle, qui sont en train d’être démolies. On va chez McDonald’s, et puis ils jouent à se tirer dessus ou à des scènes de film. Je suis allée là-bas pour passer du temps avec eux, fumer des cigarettes avec certains gosses et leur mère… Ma vie, c’est ça, c’est indéniable. Ces gens sont vraiment ceux avec lesquels j’aime être, envers qui je suis fidèle – et je ne parle pas, ou plus, dans un sens journalistique. Ils me connaissent mieux que n’importe quel collègue. Cela, il n’y a que le temps et la valeur qu’on y accorde qui le permet. Bien sûr, ça ne facilite pas la « carrière » journalistique.

Je me souviens avoir fait partie du jury au POY (Picture of the Year) il y a 9 ou 10 ans. C’est là que j’ai rencontré l’incroyable Chris Hondros. Nous avons eu une grande discussion sur les photojournalistes qui diffusaient leur travail sur Internet, etc. Et je lui ai dit qu’à mon avis, le soutien de projets à travers des dons allait devenir notre façon de travailler à tous. Il m’a prise pour une folle. Le lendemain, à la pause, je suis tombée sur un article sur le journalisme sans but lucratif dans la Columbia Journalism Review. Ils parlaient du tout nouveau, à l’époque, ProPublica (organe de presse américain indépendant dédié au journalisme d’investigation et diffusant gratuitement ses contenus à des titres de presse traditionnels ou Internet. Il est financé, entre autres, par des dons, NDLR) et de la manière dont il trouverait des fonds pour réaliser des sujets. Je l’ai montré à Chris, qui s’est contenté de hausser les épaules. Aujourd’hui, ProPublica fonctionne depuis des années et a obtenu plusieurs prix Pulitzer. Je n’en fais pas partie, mais mon « modèle économique », si on appelle ça comme ça, est le même. Je fais le travail et j’essaie de gérer l’argent ensuite. Je n’ai pas d’argent (mais je n’en ai jamais eu, à vrai dire), j’ai quitté ma famille très jeune et je suis habituée à survivre. Je me débrouille avec une maison que j’ai pu acheter il y a 12 ans grâce à une bourse et qu’aujourd’hui je loue. J’ai élevé mon fils seule et il est au collège. Si je parle de tout ça, c’est que je pense qu’il faut toujours avancer quelles que soient les conditions, et cela concerne aussi le photojournalisme – rester fort et motivé tous les jours est un véritable effort, mais quand ce quotidien reste un défi, c’est gratifiant en soi. C’est un peu banal, je sais… Je suis consciente de l’alternative et combien il est facile de se résigner. Mais j’ai encore tellement à faire ! Je n’ai pas d’autre choix que de m’adapter. Mon prochain défi est de continuer à réaliser ce travail et de lui donner une forme définitive pour que je puisse me concentrer à nouveau sur les prises de vue. Je reste enfermée dans une pièce à faire l’editing de cette série pour des livres et un site Web que j’ai lancé l’année dernière. Mais c’est dur de ne pas avoir de contacts, alors je pars et je recommence à photographier. En même temps, si je ne prends pas de recul pendant disons un an, il se peut que je meurs avant de vraiment donner à ce travail la forme que je souhaite. Ce sont des problèmes de riches… Je suis une femme comblée et je travaille pour montrer combien j’en suis reconnaissante.

therawfile.org
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Crédit photo : Brenda Ann Kenneally


Crédit photo de Une : Brenda Ann Kenneally

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