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En tant que chargée de la communauté francophone sur Instagram, une grande partie de mon travail consiste à découvrir des histoires sur la plateforme, et il y a un monde qui me fascine plus que les autres: celui des ados. De 13 ans au début de la vingtaine, tout le monde veut les comprendre, les atteindre, leur parler, mais ils ont surtout une façon unique de partager leur quotidien et leur créativité. Le matin, le midi, le soir, les ados entretiennent une relation personnelle avec Instagram. Pour eux, il s’agit d’un lieu d’évasion et de découverte, une sorte de fenêtre vers leurs centres d’intérêts.

▸ ▸ ▸ Cet article provient du dossier : Au coeur de la photographie, l’adolescence

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Ce n’est pas grave de poster du work in progress

Nombreux sont les illustrateurs, photographes et créatifs à envisager Instagram comme un outil de présentation de leur travail. Mais les ados, eux, envisagent Instagram comme un carnet de travail quotidien. Nathan Carême (@nadaecc) a 19 ans et étudie en école d’art à Chalon-sur-Saône. Son compte Instagram mélange des photos de toilettes, de mots fléchés à 3 euros, des images d’archives, des images issues de son travail, des autoportraits.

2014 before

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3 € ça vaut le coup

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Uneven 2014

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Adeline Wantiez (@toxicspiritss), lycéenne apprend la photographie et la retouche sur Instagram. Selon elle, sa passion pour la photographie est née grâce aux images qu’elle découvrait par hasard sur la plateforme.

Il faut partager et s’inspirer pour évoluer

Car un réseau social, ce n’est pas que fait pour poster son travail, c’est surtout fait pour échanger autour de ce que l’on fait. Adeline Wantiez l’a bien compris. Ses photos postées sont l’occasion de recevoir des avis, mais aussi des conseils en message privé pour s’améliorer. « C’est comme ça que j’apprends. Je regarde les comptes des autres, je commente, je leur pose des questions, et ça me permet d’apprendre comment faire évoluer mon style » explique-t-elle.

Find the right key

A photo posted by Adeline (@toxicspiritss) on

Loriane Cateloy Rose (@calxdance) a 16 ans et danse au conservatoire de Paris. Elle se sert d’Instagram pour rencontrer des photographes, jeunes comme elle, avec qui elle collabore. C’est ainsi qu’elle a rencontré Marie Bouhiron (@bhrnphotographie) et qu’elles commencent à réaliser des shoots de danse ensemble. « On voit tout de suite la personnalité de quelqu’un quand on regarde son profil Instagram, à travers ce qu’il poste, mais aussi ce qu’il suit. Du coup je sais tout de suite si je veux collaborer avec cette personne ou pas à la vue de son profil » raconte Loriane.

Justesse Photo prise par la talentueuse @bhrnphotographie 😍 . 37,4K

A photo posted by Loriane { 38.2k } (@calxdance) on

Caroline (@tit3.viet) se sert de son compte Instagram comme d’un journal intime et un forum en même temps. Elle y aborde des questions comme la sexualité, l’amour, la solitude, les études, les amis. Elle y publie de très longs textes illustrés par des photos toutes mises en scène dans sa chambre. Son univers est à la fois enfantin et sérieux. Ses followers lui répondent des longs paragraphes, des débats se créent. Une communauté s’anime. « J’aime énormément connaître le point de vue des autres et leurs expériences. J’aime cette interaction et le fait qu’on puisse se sentir proche malgré les différences d’âge, d’origine, de culture, et la distance qui nous sépare » explique-t-elle.

English translation in first comment. Adorable maillot @margaritamermaid. Je me sens comme une sirène, merci beaucoup 🏖 • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • Je ne me souviens même plus quand était-ce la dernière fois que je m'étais rendue à la piscine, à la mer, que je m'étais affichée en maillot de bain. Tellement longtemps j'imagine, oui, tellement longtemps. Pourtant, j'adorais ça, mais faut croire que les paroles des gens m'ont complètement brisé. À vrai dire, je n'ai même pas de grand miroir, tout simplement parce que j'ai conscience de ce corps disgracieux que j'ai. Cela ne se voit pas mais en zoomant, on peut apercevoir de petites cicatrices partout sur mes jambes ou plutôt, sur tout mon corps. Je ne peux même plus montrer mes bras tellement mes eczémas ont repris le dessus. C'est moche à voir. Je suis née ainsi, en souffrant de cette différence physique. Comme si ce n'était pas assez, j'ai eu l'équivalence de 5 mois de grossesse en l'espace de 2 semaines. Autant dire que la crème anti-vergetures n'a strictement servi à rien. C'était comme la cerise sur le gâteau, l'ultime blessure pour me faire comprendre que cette enveloppe qui recouvrait mes organes, n'était que pourriture. J'en souffrais et je ne m'attendais pas à souffrir davantage. Quand cela va t-il s'arrêter ? Quand vais-je enfin porter des shorts, des jupes, des robes sans ces collants noirs, sans ces hauts à manches longues, sans me cacher derrière toutes ces couches de vêtements ? La vérité, c'est que je me suis moi-même mise des barrières dans le but de me protéger. Je me suis privée de vivre tout ça parce que j'avais peur de refaire face à leurs jugements, à leurs critiques, à leurs réflexions blessantes. Je suis restée bloquée sur les remarques du passé et depuis, je n'ai jamais pu m'accepter. Peu importe à quel point mon corps me dégoutte, j'apprends peu à peu à l'aimer et cela, par l'amour de ma douce famille. Il n'y a aucun remède miracle pour avoir le corps parfait, si ce n'est que les paroles de votre enfant car au fond, il n'y a rien de plus beau que d'entendre un "tu es belle Maman".

A photo posted by 👩🏻 Krø (Caro) • COSPLAY PROMO (@tit3.viet) on

Photographier les yeux, c’est à la mode en ce moment

Oui, étrange n’est-ce pas, mais vrai. Sur la majorité des comptes de photographes ados que je découvre, je m’aperçois qu’ils prennent tous en photo des yeux. Allez savoir pourquoi! Quand je leur demande pourquoi, je n’obtiens que cette réponse unanime : « C’est beau les yeux. Chacun à des yeux si différents, c’est fascinant de les photographier ».

memories are the key not to the past, but to the future.

A photo posted by @xparallelworldx on

"I wouldn't hold my breath if I was you 'Cause I'll forget but I'll never forgive you."

A photo posted by Elisabeth Kiss (@anotherlovee) on

Le sens de la communauté sur Instagram est essentiel

Tous ces ados créatifs s’ancrent dans une communauté artistique qui leur ressemblent, leur répondent et les entourent. Que ce soit dans les sports extrêmes, la photographie de voyage, la mise en scène, la danse, ils s’inscrivent chacun dans un petit éco-système qui crée chacun ses règles, son langage, ses habitudes. Alors que la tendance est souvent à leur prêter de la superficialité à coup de selfie et de célébrité, il existe aussi un monde d’artistes en développement, en recherche de repères et d’inspiration ainsi que de reconnaissance. Un monde plein de pépites à découvrir.

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Molly Benn a co-fondé OAI13 en septembre 2013. Elle en a été la rédactrice en chef jusqu'en 2015. Elle est maintenant Community Editor FR pour Instagram. Ses opinions sur OAI13 sont les siennes et pas celles d'Instagram.