PARTAGEZ SUR :

Pour agir face à la crise des réfugiés et à la fermeture progressive des frontières européennes, le collectif Peng a lancé la plateforme fluchthelfer.in. L’objectif, inciter les automobilistes à prendre des réfugiés comme passagers pour les aider à passer la frontière allemande et leur donner quelques conseils pratiques et des outils juridiques pour pallier les risques judiciaires. En page d’accueil du site, une vidéo qui nous emmène en voiture Volkswagen dans les montagnes autrichiennes…





« Werde Fluchthelfer.in » (en français : »Devenez passeur/passeuse« ) – Vidéo de sensibilisation du © collectif Peng

Pour accéder à la traduction anglaise de la vidéo, vous pouvez activer les sous-titres dans les réglages. Pour la traduction française, c’est par ici.



Articles liés :
« Still be here » : Hatsune Miku, une icône virtuelle sans talent personnel
Trois artistes ont insufflé à Homeland ce qui lui manquait : l’art de la subversion



C’est une publicité bien rodée pour une voiture Volkswagen conduite par un couple d’allemands que semble nous proposer le collectif activiste allemand Peng : travelling, grand angle et belles routes de montagnes. Tous les éléments visuels pour marketer le produit sont présents.

Du moins, c’est ce que l’on s’imagine durant les trente-huit premières secondes.

Apparait alors à l’écran la frontière autrichienne et le visage d’un jeune érythréen assis à l’arrière du véhicule. Simultanément à ces images s’élève en off la voix de la conductrice expliquant les raisons de cette escapade en voiture : « je trouve simplement injuste que je puisse me déplacer librement, et lui non. ». Le jeune homme raconte en réponse son chemin jusqu’en Europe. On comprend alors que le couple l’aide à passer illégalement la frontière germano-autrichienne.


Cette vidéo n’utilise cependant pas les mêmes canaux de communication qu’une véritable publicité pour voiture (télévision et vidéo interrompant votre playlist Youtube, ce que l’on aurait attendu d’un détournement type « culture jamming » par exemple). Pour atteindre son audience, le collectif préfère miser sur la sincérité de la démarche (on ne pouvait effectivement donner un titre plus direct à la vidéo : « Devenez passeur/passeuse« ) et sur une large diffusion dans des médias grand public afin de tirer parti de la visibilité rapide et de la légitimité qu’ils procurent (arte, Zeit, Spiegel, et d’autres encore). Leur public étant des conducteurs allemands ou européens disposant d’une voiture relativement bien entretenue, discrète et de préférence dotée de vitres teintées, leur objectif est de les interpeller au travers d’images faisant office de slogan : vous n’imaginez pas tout ce que vous pouvez faire avec votre voiture !

La pseudo publicité de voiture s’est donc imposée comme le meilleur format pour attirer ce public non seulement déjà familier, mais aussi plus sensible qu’un autre à ce type d’images : « La publicité de voiture parle au public cible de cette vidéo plus que n’importe quel autre format.« , nous explique brièvement par mail Ariel, membre du collectif.

« Peng Collective » s’est ancré dès ses débuts en 2013 dans une stratégie de communication subversive (culture jamming, communication guérilla et action directe) afin d’inciter la population civile allemande à désobéir civilement et à agir lorsqu’une mesure de l’État ou d’une firme est considérée comme injuste. L’été dernier la vidéo de la campagne « passeur/passeuse » a ainsi été accompagnée d’une série d’affiches placardées dans Berlin, notamment dans les espaces destinés initialement aux publicités. Sur ces panneaux, un slogan : « Je suis passeur/passeuse !« .

L’une d’elle a d’ailleurs atterri par hasard en face de l’office fédéral pour la migration et les réfugiés. Un hasard vraiment ?



Traduction française de la vidéo :

Dialogues :

La conductrice : « Nous prenons cette route pour partir en vacances depuis des années et jusqu’alors le trajet était un moment relaxant. Mais aujourd’hui, je suis nerveuse. »
Le mari : « Au début, j’avais peur. Ce que nous faisons en ce moment n’est pas entièrement légal. »
La conductrice : « Je trouve ça simplement injuste que je puisse me déplacer librement et lui non. Qui a donc le droit de décider ça ? »
Le passager : « J’ai pris de nombreux risques, j’ai dû traverser le Sahara et la mer Méditerranée. Et même ici en Europe, il y a des risques. Mais j’ai besoin d’atteindre un lieu sûr. »
Le mari : « Il y a des moments où il faut juste aller de l’avant. Nous sommes responsables d’une certaine manière. Quand il est question d’envoyer des produits ou de l’argent autour du monde, la liberté de mouvement fonctionne bien. Mais quand des hommes fuient, quelle qu’en soit la raison, des murs se construisent. »
La conductrice : « Nous parlons toujours d’égalité et de liberté pour tous, mais qui est ce « tous » ? C’est un pur hasard que je sois née en Allemagne, et grâce à ce hasard, je peux simplement profiter de ces montagnes. Mais pour beaucoup, elles ne sont que des montagnes se tenant devant une frontière. Si ces personnes sont trouvées ici, elles sont expulsées. »
Le passager : « Pour la plupart des gens qui vivent en Europe, ces frontières sont invisibles. Pourquoi cela ne peut pas être ainsi pour tous les hommes ? »
Le mari : « Au cours de l’histoire, il y a aussi eu des passeurs, et cela n’a jamais été légal. Le jugement final ne viendra pas du tribunal, mais sera écrit dans les livres d’histoire. »

Citations :

1/ « Ce que l’Etat dit, je n’y prête pas vraiment attention (…). Je trouve que ces lois de Dublin sont complètement insensées. Nous ne nous étions absolument pas occupés à l’époque de savoir si ce que nous faisions était légal. » – Dr. Burkhardt Veigel, Passeur 1961-1970, a reçu la croix fédérale du Mérite pour avoir aidé des personnes à passer le frontière est-allemande pour l’Allemagne de l’Ouest.
2/ « Nous devons essayer de nous sauver mutuellement. (…) Et après ? Ce qui arrivera ne fonctionnera pas forcément parfaitement. Ce sera une tâche entre les mains des générations futures. » – Lisa Fittko, Passeuse 1940-1941, aida des personnes fuyant la France durant l’occupation nazie.


Articles liés :
« Still be here » : Hatsune Miku, une icône virtuelle sans talent personnel
Trois artistes ont insufflé à Homeland ce qui lui manquait : l’art de la subversion