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DÉCOUVERTE | Julie Bourges et l’écriture automatique

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Julie Bourges a photographié la réalité et le concret pendant longtemps avant de trouver son bonheur dans la photographie d’un monde parallèle qui habiterait son imaginaire. Issue d’une formation de photo-journaliste, il lui a fallu du temps pour se défaire de ce qu’on lui a appris et trouver son propre chemin. Elle est en ce moment à Arles pour profiter des expositions et montrer son tout dernier travail. Le temps d’une pause déjeuner, elle me raconte son projet et son parcours.


© Julie Bourges

Age13 : Raconte moi ton projet !
Julie Bourges : Mon travail s’appelle Umbra. Je travaille dessus depuis deux ans. En fait, je suis arrivée à Paris il y a une douzaine d’années, avec tout ce que Paris comporte de fantasmes et d’imaginaire. Et depuis 12 ans, je prends beaucoup de photos la nuit, à Paris. J’adore sortir la nuit, juste pour le plaisir, sans avoir de but derrière. Juste pour moi.
Il y a deux ans, j’ai lu un livre de Jean Baudrillard qui s’appelle « Car l’illusion ne s’oppose pas à la réalité ». Et si je n’étais pas forcément d’accord avec ses propos, je me suis rendue compte après coup que cet ouvrage m’avait vraiment influencée dans ma façon de faire des photos. Je commençais doucement à m’autoriser certaines images bien différentes de mon registre habituel. J’ai fait une formation de photojournaliste. On m’a appris à faire des images avec un certain angle, dans le cadre d’un sujet qui puisse se vendre. Et je pense que toutes ces contraintes m’ont quelque part menée à m’interdire beaucoup de choses. Même si c’est le photojournalisme qui m’a amené à la photo, peut-être que ce n’était pas ce qui me correspondait finalement. Avec ce projet, Umbra, je suis passée sur un mode d’écriture automatique. C’est vraiment un sujet que je n’ai pas décidé de faire. J’ai l’impression que mes images m’ont un peu échappées.

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© Julie Bourges


Le photojournalisme m’a vraiment inhibée. Je voulais entrer dans des cases. Je me rends maintenant compte que ce qui m’intéresse vraiment, c’est de rendre les choses abstraites. Peut-être qu’un jour j’arriverais à combiner les deux car le reportage m’intéresse toujours. Je cherche mon chemin. Quand j’étais jeune, je regardais Cartier-Bresson, Depardon, je voulais voyager, rencontrer des gens… puis finalement je me suis rendue compte que la réalité du métier est bien différente. Aujourd’hui, je sens que je m’exprime réellement à travers mes images, et ce sentiment me rend très heureuse. Je pense que c’est ce qui me manquait mais je ne l’avais pas encore compris. Mais maintenant, je ne sais pas ce que mon travail va devenir…

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© Julie Bourges

Age13 : Pourquoi « Umbra » ?
J-B : En faisant des recherches, j’ai trouvé ce mot latin. À l’époque, il désignait à la fois le miroir et l’ombre. Toutes ces ombres que je photographie sur les murs de la ville sont une projection de moi finalement.

Age13 : Pourquoi es-tu photographe ?
J-B : Ma mère et mon père, qui pratiquaient la photographie en amateurs, m’ont appris et transmis ce plaisir de l’image. J’avais aussi un grand-père qui photographiait beaucoup. Je ne l’ai pas connu mais un mythe familial s’est un peu monté autour de sa personne. Peut-être que j’ai eu envie d’être en contact avec lui de cette façon. À une époque je faisais un peu de théâtre et je me suis aperçue que cette discipline ne me correspondait pas du tout. J’ai envie de pouvoir réaliser des travaux seule, de pouvoir être libre de sortir photographier où je veux, quand je veux, sans avoir à réunir une équipe autour de moi.
Et puis, je ne saurais pas faire autre chose. Parfois, quand je passe des périodes difficiles, je me demande ce que je pourrais faire d’autre, et j’en reviens toujours à la photo. Je ne suis pas très à l’aise avec la parole. La photographie me permet de m’exprimer.

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© Julie Bourges

Age13 : Pourquoi viens tu à Arles ?
J-B : Pour prendre des vacances, voir plein de belles images, pour rencontrer des gens, pour montrer mon travail. C’est un moment où l’on peut se retrouver entre photographes. La photographie est un métier où l’on peut se sentir assez seul. J’ai la chance de faire partie de l’agence Picturetank qui m’intègre dans un beau réseau. À Arles, je retrouve entre autres les gens qui constituent ce réseau, mais dans un cadre un peu différent du reste de l’année où l’on est tous préoccupés par nos commandes.

Umbra-Video-by-Julie-Bourges from Julie Bourges on Vimeo.