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Dis Nicéphore, tu nous racontes la première photo ?

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La Photographie (avec un P majuscule) s’est construit sa propre légende. Celle-ci connaît certaines variantes selon les historiens et parfois, leur nationalité. Mais comme dans tout bon manuel d’histoire, il y a des jalons chronologiques : une année zéro (1839, date de naissance officielle de la photographie), une icône (la première photographie, en 1826) et bien sûr, quelques controverses (n’y aurait-il pas des photos plus anciennes ?). Ces hésitations nous disent bien le fond de la question : la première fois ne définit pas un avant et un après, elle est une longue gestation.

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Nicéphore Niepce

Paris Match n° 165, 10 mai 1952

Avouons qu’il y a de quoi s’y perdre un peu : la photographie serait officiellement née en 1839. Alors que ce qui est considéré comme la première photographie, l’image du « Point de vue du Gras », par Nicéphore Niepce, date de 1826. Et on guette toujours l’apparition d’images plus anciennes (celle de la table servie attribuée à Niepce en 1822 est aujourd’hui reconnue comme plus tardive et plutôt de Daguerre). Donc une première fois qui aurait duré non pas de 8 à 10 heures (le temps d’exposition nécessaire pour que se forme la première photographie), mais plus d’une décennie. Profitant de notre penchant coupable pour la photographie spirite et ses fantômes, nous sommes allés poser quelques questions à Nicéphore Niépce lui-même, dans sa propriété de Saint-Loup de-Varennes, à quelques kilomètres de Châlon-sur-Saône.

Timbre Nicéphore Niépce

– Nicéphore Niépce, vous êtes donc l’inventeur de la photographie ?
– La quoi ? Je n’ai jamais utilisé ce terme de « photographie ». Pour définir ma technique, je disais « héliographie » (écriture du soleil plutôt que écriture de la lumière). Et quand je décrivais les images obtenues, je parlais de « points de vue ». De plus, en 1839, j’étais déjà mort depuis 6 ans. C’est mon fils, Isidore, qui, avec Daguerre, a perfectionné mon invention.
– Et combien de temps vous a-t-il fallu pour obtenir vos premiers points de vue ?
– J’ai commencé mes recherches avec mon frère Claude en 1816. Mes premières images datent de cette époque. Mais je n’avais pas découvert le moyen de fixer ces images (de les conserver). Elles apparaissaient puis noircissaient jusqu’à disparaître complètement.

La chambre noire de Niépce

– Cherchiez-vous la photographie ?
– Comment chercher ce qui n’a pas encore d’existence ? Comment imaginer ce qui n’a encore jamais été vu ? Au départ, je cherchais même quelque chose d’assez différent : reproduire des images déjà existantes (des gravures) sur une surface photosensible.

– Vous avez du être stupéfait par l’apparition de vos premières images ? Soudainement la réalité se reflétait sur le papier, c’était complètement nouveau ?
– Oui et non. Il faut bien considérer que ces images présentent plusieurs différences importantes avec la réalité. D’abord, elles sont d’une définition très grossière. Et puis elles sont en noir et blanc. Finalement, moins fidèles qu’un dessin. On parlera d’ailleurs, plus tard, de dessins photogéniques. De plus, ce que vous, vous appelez la première photographie, moi je ne l’ai jamais vue. Ce que moi j’ai produit, c’est cette plaque d’étain qu’il faut faire jouer devant la lumière pour voir apparaître l’image de la vue par la fenêtre.

– Vous considérez-vous comme un artiste ?
– Pas du tout, je suis plutôt un inventeur. J’ai déposé plusieurs brevets. Les recherches héliographiques n’étaient pas mon activité principale, je gérais surtout les revenus de mon domaine agricole, avec une affection particulière pour mes vergers. Et l’invention de la photographie est beaucoup plus une recherche de procédés chimiques qu’une volonté de faire des œuvres d’art.

– Finalement, après ces dix-sept années consacrées à vos recherches qui ont conduit à l’invention de la photographie, combien de photographies nous vous avez-vous laissées ?
– Une. Une seule. Toutes les autres se sont évanouies, sont retournées au noir.

Et comme ses points de vue, le spectre de Nicéphore Niépce disparaît à l’instant. Reste la magie, l’inconcevable : ce désir de réfléchir la réalité dans le miroir photographique. Puis de garder cette image. La plaque du « Point de vue du Gras » mesure 16 x 20 cm. A peu de choses près, la taille des tablettes que les touristes brandissent aujourd’hui à bout de bras devant les monuments.


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