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On a cru s’être fait offrir un joli livre de contes, un vieux livre du XVIème siècle sur les Grands Explorateurs ou un paquet de clopes chinois rare en édition limitée, et bien non, zut, c’est un livre photo !

Ou tant mieux.


Pour les rêveurs : un livre de contes

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« Tulips », © Andrew Miksys


On oscille entre quelques mystérieux contes turcs (Le mot tulipe vient du turc tülbent, signifiant « turban ») et un conte folklorique anglais. On l’ouvre et on tombe sur ça :



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« Tulips », © Andrew Miksys


Une femme semi-nue et une statue de Staline. Bye bye pensées bucoliques et baguette magique, bonjour Biélorussie et passé soviétique. L’histoire que nous raconte Andrew Miksys dans son livre « Tulips » n’a rien du conte de fée, mais d’après l’historien Laimonas Briedis dans la préface, Andrew a quand même « l’oeil du magicien » qui, par un jeu de couleurs et des choix esthétiques originaux, a su rendre compte de la nostalgie qui embaume l’air du pays chaque 9 mai, jour férié de commémoration de la victoire de l’Union Soviétique sur l’Allemagne Nazie. Au programme : mise en scène des batailles de la Seconde Guerre Mondiale et des tulipes rouges à chaque coin de rue, symbole du printemps et du rajeunissement en URSS. Un voyage dans une autre époque qui, dans une Biélorussie en quête d’identité nationale, est encore bien actuelle.

Vous le voulez ? « Tulips » de Andrew Miksys est édité par ARÖK (auto-production). Vous pouvez vous le procurer directement ICI pour environ 47€ (50$).


Pour les voyageurs : un livre de voyage déniché dans une boutique d’Antiquités

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« The Pacific Tourist », © Maki Hayashida


Dans le même registre, mais pour les Grands Explorateurs ou chercheurs de trésors : « The Pacific Tourist » de Maki Hayashida. On a l’impression de feuilleter un vieux livre de photos de terres vierges fraichement découvertes.



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« The Pacific Tourist », © Maki Hayashida


L’objet dans sa totalité le détour : le photographe voit dans ces îles japonaises, Nozaki Island et Ojika Island, le fantasme d’un lieu qui n’a pas encore été touché par les maux du monde contemporain (argent et efficience). Il ne semble ainsi pouvoir envisager son livre que comme un vieil objet, témoin d’une autre époque que la nôtre, qui coexiste pourtant avec, et de laquelle il est terriblement nostalgique, car il ne peut l’atteindre qu’en touriste.

Vous le voulez ? « The Pacific Tourist » de Maki Hayashida est un livre auto-produit. Vous pouvez vous le procurer ICI pour environ 85€ (¥10,500).


Pour les bricoleurs : un guide pratique pour la maison

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« Home Instruction Manual », © Jan McCullough, avec l’aimable autorisation des éditions Verlag Kettler


« Home Instruction Manual » a l’apparence parfaite pour être le vrai guide pratique indispensable des questions ménagères : un simple titre et un logo sur une couverture jaune et noire, ça sent l’expertise. Un livre qui sera à la maison ce que les pages jaunes sont à notre carnet d’adresse, et les panneaux signalétiques jaunes et noirs à nos déplacements.

Et bien ce livre, c’est un peu ça, mais version Google et forums Internet : Jan McCullough a tapé « how to make a home » (comment faire une maison) dans Google, en a loué une sans personnalité en banlieue, puis a scrupuleusement suivi les conseils des experts du dimanche trouvés sur un forum (Un exemple : « Les meilleures maisons sont celles avec juste la bonne quantité de désordre. Alors, on dirait une maison.« ), pour la transformer en la maison parfaite. Convaincus ?



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« Home Instruction Manual », © Jan McCullough, avec l’aimable autorisation des éditions Verlag Kettler


Vous le voulez ?« Home Instruction Manual » de Jan McCullough est publié chez Verlag Kettler. Vous pouvez vous le procurer ICI pour un prix variant entre 28 et 35€.


Pour les « bons vivants » : un paquet de cigarette

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« Until Death Do Us Part », © Thomas Sauvin


On l’imagine sur une table de bar, entre une pinte et un briquet. On préfère pourtant le bouquiner en fin d’après-midi que de le consumer en une soirée. Et plutôt que d’y laisser quelques neurones, vous risquerez même d’en gagner. «Until Death Do Us Part », est un livre en forme de paquet de cigarettes qui ressemble à s’y méprendre à un vrai, il en a la taille et le packaging. À défaut d’en contenir, il parle de son usage lors des mariages en Chine : il est en effet de tradition pour la jeune mariée d’allumer la cigarette de chaque invité masculin, et de jouer à des « jeux de cigarette » avec son nouveau compagnon de vie.



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« Until Death Do Us Part », © Thomas Sauvin


Pour ce livre, le collectionneur Thomas Sauvin a réuni des photos vernaculaires issues de son projet d’archive « Beijing Silvermine » dont l’objectif est de sauver de la destruction des négatifs de photos anonymes chinoises.

Vous le voulez ?« Until Deat Do Us Part » de Thomas Sauvin est publié chez Jiazazhi Press. Vous pouvez vous le procurer ICI pour environ 28€ (30$).


Pour les indignés : un livret de travail ukrainien

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« ARBEITSBUCH / LABOUR BOOK », © Kirill Golovchenko


Le livre ressemble à un livret de travail soviétique. Et c’est exactement ça : le photographe ukrainien Kirill Golovchenko a récupéré celui ayant appartenu à son père et a collé sur les différentes pages des photos de personnes âgées qui, malgré leur âge avancé, sont toujours obligées de travailler pour compléter leur retraite insuffisante. Ce livret, crée en 1939 en Union Soviétique est toujours utilisé en Russie et en Ukraine aujourd’hui. Il est pour beaucoup encore le travail d’un vie, ou le symbole d’une vie de travail.



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« ARBEITSBUCH / LABOUR BOOK », © Kirill Golovchenko


Vous le voulez ?« ARBEITSBUCH / LABOUR BOOK » de Kirill Golovchenko est publié chez SALO books. Vous pouvez vous le procurer ICI pour 12€.


Un livre à mettre aux mains de tous : un passeport

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« Foreigner: Migration into Europe 2015–16 », © Thomas Saxby & Daniel Castro Garcia / John Radcliffe Studio


« Foreigner: Migration into Europe 2015–16 » ressemble à un passeport géant, qui a une longue histoire à raconter, faite de multiples vies et de nombreux pays traversés. Entre 2015 et 2016, Thomas Saxby et Daniel Castro Garcia se sont rendus à différentes portes de l’Europe, Lesbos, Idomeni, Calais, ŠentILJ, la Sicile, pour photographier les réfugiés venus d’Afrique et du Moyen-Orient y trouver un asile. Le livre comporte trois parties renvoyant à trois zones rassemblant flux migratoires : la migration en Italie venue d’Afrique du Nord, la migration en Grèce et à travers les Balkans venue du Moyen-Orient, et la Jungle de Calais.



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« Foreigner: Migration into Europe 2015–16 », © Thomas Saxby & Daniel Castro Garcia / John Radcliffe Studio


Au fil des pages défilent des portraits de personnes suivies parfois à différentes étapes de leur parcours, des scènes d’arrivée sur les côtes grecques et italiennes, des bateaux et trains surchargés, des objets abandonnés, des graffitis en différentes langues, une sculpture en mémoire des réfugiés ayant perdus la vie dans la mer, des tentes. Un livre poignant, monumental et très humain qui parvient à exprimer par sa couverture et sa constitution ce que l’Europe représente pour les personnes qui le composent : l’unique passeport pour une vie meilleure, voire une vie possible.

Vous le voulez ?« Foreigner: Migration into Europe 2015–16 » de Daniel Castro Garcia et Thomas Saxby est une auto-production (John Radcliffe Studio). Vous pouvez vous le procurer ICI pour environ 42€ (£35).