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Rencontre avec un photographe addict du voyage : Rémi Chapeaublanc

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Rémi Chapeaublanc, photo tirée de son journal de voyage dans les Balkans

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Rémi Chapeaublanc est un photographe vivant à Paris. Féru de voyage, il revient tout juste d’un roadtrip dans les Balkans à moto. Après avoir parcouru le Népal à pied, il s’est accompagné de son destrier mécanique pour découvrir la Mongolie et y a réalisé un travail intitulé « Gods and Beasts ». Il développe depuis une communauté très fidèle sur Internet en tenant à jour un journal de voyage. Au détour d’une discussion skype, Rémi Chapeaublanc nous fait part de son expérience du voyage et distille quelques conseils tirés de ses trois périples.

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[pullquote type= »2″] »Il faut être suffisamment ouvert pour se laisser suprendre par un pays »[/pullquote]

OAI13 : Qu’est-ce que tu as appris donc pendant ton premier voyage ?
Rémi Chapeaublanc : J’ai appris qu’il ne fallait pas être trop ambitieux d’un point de vue photographique et ne pas prendre trop de choses avec soi. Lors de mon premier voyage, j’ai fait l’erreur de prendre trop de matériel. Pour mes voyages suivants, j’en ai pris plus, mais au moins je savais pourquoi. Les photographes se disent souvent qu’ils vont prendre tout leur matériel car ils ne savent pas ce qu’ils vont trouver. Mais il faut plutôt se demander ce qu’on veut faire pour savoir quoi prendre.

OAI13 : Et si jamais tu te trompes et que tu ne trouves pas ce que tu es venu chercher ?
R. C. : Je pense qu’il faut prendre le problème à l’envers et partir du principe que tu ne trouveras pas ce que tu es venu chercher. Il faut certes partir avec une idée en tête, mais il faut aussi être suffisamment ouvert pour se laisser surprendre. Quand on part dans un pays, on en a forcément une idée préconçue. Il faut laisser une chance à cette destination de te prouver qu’elle n’est pas comme tu l’imagines. Par exemple, lors de mon voyage en Mongolie, je voulais documenter la vie des hommes qui chassent avec des aigles. Je trouvais cette pratique fascinante. Mais arrivée sur place, je me suis rendu compte que cette tradition était perpétuée pour imiter les ancêtres et non à cause d’un réel choix de vie. Mon sujet prenait une tournure folklorique. Je n’avais pas envie de ça. J’ai donc tout remis à plat et j’ai réfléchi à ce qui me marquait dans ce pays : j’ai tout de suite pensé au rapport entre l’homme et l’animal.

[pullquote type= »2″] »Je fais le choix de vivre modestement pour voyager le plus possible »[/pullquote]

OAI13 : Mais chaque voyage est un investissement. L’erreur peut devenir problématique, non ?
R. C. : La photographie de voyage est très onéreuse. J’essaye de ne pas le voir comme un investissement, sinon ça devient déprimant. Je n’ai rentabilisé aucun de mes voyages. Si tu te mets à réfléchir en termes économiques, tu risque de faire un sujet commercial afin de t’assurer d’en tirer de l’argent. Mon voyage en Mongolie m’a en tout coûté environ 15 000 € et j’ai tiré 4 000 € de la vente de tirages. Il faut obligatoirement tirer une satisfaction autre que financière. En ce qui me concerne, j’aime le voyage. Je fais le choix de vivre modestement pour pouvoir voyager le plus possible. Après, je voyage aussi le moins cher possible.

OAI13 : Ce qui peut amener des déconvenues, comme cette fois-ci où une pièce de ta moto s’est cassée ?
R. C. : Oui, mais à chaque déconvenue on en tire toujours quelque chose de positif. Voyager « à la rude » nous oblige à sortir de notre zone de confort. Quand cette pièce de ma moto s’est cassée, j’ai rencontré un grand-père dans un garage passionné de moto et de voyage. Ce fut une super rencontre.

[pullquote type= »2″] »Je ne voyage pas pour me couper du monde »[/pullquote]

OAI13 : Quand tu pars en voyage, plutôt que de te couper de tout, tu tiens ta communauté au courant sur Internet. Pourquoi ?
R. C. : Je pense que c’est dû à mon premier voyage au Népal. Cette première expérience était un défi parce que je ne suis pas quelqu’un de solitaire ni sportif. J’ai fait des choses que je pensais être incapable de faire, comme une ascension de 5 000 m avec un sac à dos de 27 kg. Ce voyage était un vrai défi personnel. J’étais seul la plupart du temps. Dans le film Into the Wild, le héros écrit : « Le bonheur n’est réel que s’il est partagé. » J’ai exactement ressenti ça. Je vivais des choses magiques, mais je n’éprouvais pas vraiment de bonheur. Tant que je ne partageais pas ces moments avec quelqu’un, c’est comme si ils n’existaient pas vraiment. J’ai commencé à écrire offline sur mon ordinateur. Et dès que je trouvais un point Wi-Fi, je mettais en ligne. C’était ma manière de partager pour que ça devienne réel. J’en ai tiré énormément de satisfaction. J’écris assez régulièrement à ma famille, je poste des textes et des photos sur mon blog, j’ai mis une balise GPS sur ma moto pour que les gens sachent où j’en suis, et là cette année j’ai beaucoup utilisé Instagram parce que c’est vraiment très facile. Je ne voyage pas pour me couper du monde, je voyage pour me faire plaisir. Et ce plaisir passe par le partage de mes expériences.

OAI13 : Qu’est-ce que tu reçois comme types de réactions ?
R. C. : Quand il y a des déconvenues, je reçois beaucoup de messages d’encouragements et ça fait toujours chaud au cœur. J’ai des réactions très admiratives parce que ce genre de voyage impressionne beaucoup les gens. Et enfin, il y a un type de réaction qui m’énerve. C’est les personnes qui me disent : « Oh t’as vraiment trop de chance ! ». Et ces gens-là, j’ai envie de les tirer par les cheveux et leur dire : « Mais non ! C’est pas de la chance ! Lance-toi, tu peux le faire aussi ! »

[pullquote type= »2″] »Que ce soit en train, en voiture, à moto, ce qui compte c’est la traversée »[/pullquote]

OAI13 : Tu voyages beaucoup à moto. Pourquoi ?
R-C : Tous les moyens de locomotion sont bons, mais c’est très important de bien le choisir car il a une incidence sur ton voyage. Pour moi, le pire c’est l’avion car tu ne voyages pas à travers les pays que tu traverses. Tu les survoles. Tu vas passer d’un point A à un point B sans aucune connexion. Ensuite, sur tous les autres moyens de transport, tu as une sorte de traversée. Que ce soit en train, en voiture, à moto, ce qui compte c’est la traversée. Tu choisis donc ton moyen de transport en fonction de 2 paramètres : le confort et la vitesse. J’aime bien la moto parce que c’est un bon compromis. Ce moyen de transport est suffisamment rapide pour envisager de voyager sur de grandes distances. La moto te permet aussi de rester en connexion avec ton environnement, contrairement à la voiture qui te fait voir le paysage comme à travers un écran. Tu as comme une sorte de barrière entre toi et ton environnement. En voiture, tu ne ressens pas le vent ni la pluie, tu ne sens pas les odeurs. La moto, le vélo, les pieds permettent une connexion totale avec l’environnement. Le train est un cas particulier car si une barrière te sépare de ton environnement, tu es beaucoup plus connecté avec les gens qui voyagent dans ce même train. J’adore la moto, mais aujourd’hui j’ai envie de tester d’autres moyens de transports. Je discutais il y a peu avec mon ami Ruben Brulat qui lui a voyagé durant 2 ans, essentiellement grâce à des transports en commun. Moi, j’ai fait quasiment que de la moto et on cherchait à savoir quel moyen te donne le plus de liberté. A moto, j’ai la liberté de partir quand je veux et d’aller où je veux sans être contraint par un itinéraire. Mais Ruben m’a fait comprendre que j’étais dépendant de ma moto. Si ma moto est en panne, je ne peux pas bouger tant qu’elle n’est pas réparée. Lui, si le bus est en panne, il saute dans un autre. Moi je m’attache à un objet dont je suis dépendant alors que lui ne s’attache à rien. En revanche, il est dépendant des autres. Cette distinction est je trouve très intéressante.

OAI13 : Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui veut partir pour un grand voyage ?
R. C. : Il faut aller au bout. Il va forcément y avoir des déconvenues qu’on a pas prévues, mais à mon sens, c’est une fois qu’on les a surpassées qu’on en tire de la satisfaction. Alors que si t’abandonnes à la première difficulté, tu ne pourras pas le transformer en quelque chose de positif. Quand je suis partie en Mongolie, j’étais accompagné. On a eu un accident de moto. Et cette personne a eu une commotion cérébrale, on a dû aller à l’hôpital. Tout le monde nous a dit de rentrer. Et au contraire, on a décidé de continuer. Il faut aller au bout de l’expérience.

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Rémi Chapeaublanc, avant le départ

© Rémi Chapeaublanc, avant le départ

© Rémi Chapeaublanc, « Cette année je suis reparti à moto, en hiver, affronter la neige et mes peurs, avec de la prudence en plus et de la fierté en récompense. »

Rémi Chapeaublanc, photo tirée de son journal de voyage dans les Balkans

© Rémi Chapeaublanc, photo tirée de son journal de voyage dans les Balkans

© Rémi Chapeaublanc, backstage de prise de vue

© Rémi Chapeaublanc, remorquage de la moto

© Rémi Chapeaublanc, dans un garage dans les Balkans

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