Ouvrons et dépoussiérons l’album photo du jazz

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    Le jazz est une légende. En ombre et lumière. En ombre surtout. Des volutes de fumée s’élèvent dans la nuit comme une métaphore du chant du saxophone posé contre la cuisse de Dexter Gordon. Le jazz tient son image. Elle est signée Herman Leonard, un des grands photographes de cette musique.

    Herman Leonard

    Herman Leonard

    Dans l’histoire du jazz, il y a une photo qui, à elle seule, est devenue une légende. Par une belle journée d’août 1958, Art Kane, un jeune photographe freelance, réussit un coup de maître : entre la Cinquième et Madison Avenue, il réunit 57 des plus grands jazzmen du moment. Sur ce trottoir de Harlem, figures tutélaires et jeunes lions posent ensemble pour ce qui deviendra un des grands modèles de la photo de groupe. De Thelonious Monk à Charlie Mingus en passant par Sonny Rollins ou Lester Young, le panorama est si exhaustif qu’une question a fini par hanter cette photo : mais où était donc Miles ce jour-là ?

    Art Kane

    Art Kane

    Douloureux remake : en 1996, Gordon Parks réunit au même endroit les survivants de la photo intitulée A Great Day in Harlem. Le jazz n’est pas mort, mais c’est un style de vie dans lequel on ne fait pas de vieux os.

    Gordon Parks

    Gordon Parks

    Entre-temps, la mythologie du jazz s’est largement appuyée sur la photographie. Fondée en 1939, la compagnie de disques Blue Note y a fortement contribué en créant une riche iconographie. Son photographe attitré, Francis Wolff, travaille dans la même lignée que Herman Leonard. Il sait jouer du clair-obscur pour capter les temps faibles de la musique : le questionnement de Coltrane aussi bien que l’écoute recueillie de Hank Mobley.

    Francis Wolff

    Francis Wolff

    Passionné par cette musique, William Claxton en a accompagné toutes les évolutions pendant plusieurs décennies, composant le plus important corpus d’images sur le jazz. S’il se montre brillant dans le cliché glamour, c’est lorsqu’il photographie le jazz comme style de vie et son impact sur les individus qu’il est le plus novateur.

    Chet Baker et Halema, 1959 © William Claxton

    New Orleans 1960 © William Claxton

    Les années 60 sont celles de toutes les révolutions : le jazz n’y échappera pas. Le free jazz libère les sons et les énergies. Une nouvelle manière de photographier aussi. On sait où était Miles ce jour de 1969 : à Antibes, il croisait l’objectif trop présomptueux de Giuseppe Pino. Par ses angles de vue audacieux, le photographe italien saura modifier l’approche de la photo de jazz.

    Giuseppe Pino

    Giuseppe Pino

    C’est un autre jazz que va capter Guy Le Querrec : à la fois plus pensif, plus métaphysique, mais aussi très axé sur le quotidien de la musique et les coulisses. A trois reprises, il accompagnera Aldo Romano, Louis Sclavis et Henri Texier dans des tournées africaines qui seront publiées en coffrets regroupant le disque et un livret photographique. Musique et photographies s’imbriquent si bien que des projections musicales seront organisées à plusieurs reprises aux Rencontres de la Photographie d’Arles.

    Guy Le Querrec 1960

    Le jazz renaîtrait-il ? Echapperait-il à son imagerie qui désormais, fait les beaux jours de la publicité ? Oui, car une nouvelle génération de photographes l’aborde avec humour et irrévérence. Sylvain Gripoix, régulièrement publié dans Jazz Magazine en est l’un des fers de lance.

    Herbie Hancock par Sylvain Gripoix

    Herbie Hancock par Sylvain Gripoix

    Archie Shepp par Sylvain Gripoix

    Sandra Nkake et Mederic Collignon par Sylvain Gripoix

    La nuit-même de la mort de Charlie Parker (les solos si aériens et fluides du saxophoniste lui avait valu le surnom de Bird), des graffitis apparaissaient sur les murs de New York : Bird lives (« Bird est vivant »). En 2014, l’image du jazz a changé. Jazz lives.

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    Bruno Dubreuil enseigne la photographie au centre Verdier (Paris Xe) depuis 2000. Il se pose beaucoup de questions sur la photographie et y répond dans OAI13.