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La face cachée de l’entreprise : Jacqueline Hassink, « La Table du Pouvoir »

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Jacqueline Hassink, the Tables of Power 2

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Une grande entreprise est comme une photographie : ce qu’elle accepte de nous montrer parle peut-être aussi de ce qu’elle ne nous montre pas. C’est cette lecture vertigineuse qui est à l’œuvre dans le livre fascinant de Jacqueline Hassink « The Table of Power » (« La Table du pouvoir »).

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Dans les sièges sociaux des grandes multinationales (banques, compagnies d’assurances, groupes industriels) existe une salle réservée à la tenue des conseils d’administration. Ce sont ces lieux rarement montrés qu’a choisi de photographier l’artiste néerlandaise Jacqueline Hassink. On peut imaginer que les entreprises contactées ont dû être surprises par sa demande : qu’y a-t-il donc à voir dans ces photos représentant, dans des lumières froides, des chaises vides autour de tables immenses ?

Jacqueline Hassink, the Tables of Power 2

Jacqueline Hassink, the Table of Power 2

Photographier le pouvoir. Non pas les hommes de pouvoir, mais le pouvoir lui-même. Les lieux où il s’exerce, prend corps à travers des décisions qui engagent des centaines, des milliers d’autres corps. Mesurer la difficulté d’accéder à ces lieux de pouvoir. Y arriver enfin, après bien des démarches. En saisir le luxe (parfois), l’impersonnalité (souvent), la froideur (toujours). Sans aucune trace de vie.

Jacqueline Hassink, the Tables of Power 2

Jacqueline Hassink, the Table of Power 2

A l’image de ces lieux, les photographies restent neutres, sans fantaisie, d’une parfaite objectivité. Jacqueline Hassink montre tout. Tout de ces lieux qui sont des emblèmes du pouvoir. Mais rien de ce qui s’y passe, s’y dit, s’y décide. La confidentialité, le secret ne prennent aucune apparence. Pourtant, ce que montre ici la photographie, c’est encore trop. Sur les quarante entreprises contactées par Jacqueline Hassink, dix-neuf ont refusé de lui ouvrir leurs portes. Et dans la première édition de « The Table of Power » parue en 1996, figure, pour chaque refus, à la place de la photo attendue, une double page noire. L’invisibilité n’en est alors que plus pesante. A la fin de l’ouvrage, Jacqueline Hassink donne là chaque fois les raisons invoquées pour justifier ce refus.

Jacqueline Hassink, the Tables of Power 2

Jacqueline Hassink, the Table of Power 2

« The Table of Power » : le titre est lourd de sens. Il renvoie à la Table Ronde des légendes arthuriennes, ce lieu de pouvoir mythique. Mais peut-être plus encore fait-il référence aux Tables de la Loi reçues par Moïse : sur elles s’écrit une loi imposée, indiscutable, à laquelle le peuple n’a d’autre choix que de se soumettre. Les photographies de Jacqueline Hassink sont peut-être neutres et froides, mais certainement pas inoffensives.

En 2012, Jacqueline Hassink a fait paraître une suite à sa première série, « The Table of Power 2 », aux éditions Hatje Cantz.

Jacqueline Hassink, the Tables of Power 2

Jacqueline Hassink, the Table of Power 2

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