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Trois ans pour accoucher d’une France à leur image

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Dune du Pyla, France. 2008.

© Jérôme Brézillon, Dune du Pyla, France 2008



► ► ► Cet article fait partie du dossier 43 Photographes regardent la France

La France, on pense la connaître par cœur. Tous les jours, on entend parler de sa crise, son chômage, ses problèmes de logement, ses hommes politiques, ses régions agricoles, ses exploits sportifs… On la voit tous les jours à la télé — on ne compte plus les émissions qui lui rendent hommage —, dans la presse, sur Internet et sur papier…. Mais, nombreux sont les citoyens français qui ne se sentent pas représentés dans les visions diffusées actuellement. Parmi eux, 43 photographes ont décidé de se réunir pour proposer leur propre regard sur la France d’aujourd’hui : OAI13 vous présente le projet France(s) Territoire Liquide.


VIDEO | France(s) Territoire Liquide émerge enfin !


L’exposition France(s) Territoire Liquide ouvre le 5 juin au Tri Postal à Lille. Une semaine avant le vernissage, l’équipe d’OAI13 est allé suivre l’accrochage de l’exposition avec trois photographes du projet.


La genèse du projet

Il y a quatre ans, pendant la semaine de Paris Photo, 4 photographes se retrouvent en fin de soirée et discutent de tout et de rien. L’un d’eux évoque la mission photographique de la Datar, ce projet des années 1980 qui avait permis à 29 jeunes photographes de l’époque (dont Raymond Depardon) de montrer la France en paysages :

– Ah ! C’était génial cette mission !
– Moi, ça m’a vraiment donné le goût de la photographie de paysage !
– Ce serait génial si une mission de ce genre se remontait aujourd’hui, la France a tellement changé depuis les années 1980.
– Oui, mais il faudrait convaincre les institutions publiques, et avec le contexte actuel, c’est pas gagné…
– Mais on s’en fout des institutions ! On n’a qu’à le faire, nous !

L’idée était lancée. Un an plus tard, ces quatre personnes se décident à tenter l’aventure. Ils étaient tous déjà photographes de paysage et ils finançaient leurs projets personnels sur des fonds propres… Ils n’avaient rien à perdre. C’est ainsi que Jérôme Brézillon, Frédéric Delangle, Patrick Messina et Cédric Delsaux ont initié cette mission ambitieuse.
Chacun de leur côté, ils contactent une vingtaine de photographes qui sont alors motivés par la démarche. À ce moment-là, le projet s’appelle le « WAF », We are French, nom impertinent qui en a fait sourire plus d’un.

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© Guillaume Martial

Cartographie de l'extrême occupation humaine . n°2

© Emmanuelle Blanc

De l’ambition et des obstacles

Tous les photographes qui ont décidé de participer au projet ont aussi accepté de financer eux-mêmes leur travail. Tous, ils ont pris le parti de faire ensemble ce qu’ils faisaient chacun dans leur coin. La problématique du financement du projet a donc été temporairement écartée grâce à ce compromis.
En revanche, les quatre photographes fondateurs se sont rapidement confrontés à une problématique de taille : comment pouvaient-ils être juge et partie, c’est-à-dire photographe dans le projet et décideur sur sa ligne artistique ? Bien sûr c’était impossible. Ensemble, ils ont décidé de faire appel à un acteur de la photographie externe au milieu photo français : Paul Wombell. L’ex-directeur de la Photographer’s Gallery avait l’expérience et le recul pour apporter un parti-pris artistique unique. C’est lui qui, au regard de ce qu’avait produit la vingtaine de photographes de départ, a élaboré le concept de « territoire liquide ». Un par un, Paul Wombell a sélectionné les photographes qui se sont rajoutés au projet. Ils sont aujourd’hui 43. Il les a accompagnés pendant toute la réalisation de leurs séries. L’objectif ? Monter un ensemble artistique diversifié mais cohérent, libre et impertinent, révélant la France à travers 43 paires d’yeux.

Open Field #1 - Besier

© Guillaume Amat

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© Elina Brotherus

France Territoire Liquide commençait à prendre forme et aboutirait à une exposition et à la publication d’un livre. La recherche de financements pour les deux a évidemment été difficile. En 2011, Cédric Delsaux — photographe fondateur — déclarait dans l’une de nos interviews : « On observe aujourd’hui un désengagement de l’État et ça va être de pire en pire. Il y a de moins en moins d’argent. Et l’État se désinvestit malgré tous les beaux discours. Voilà, le constat est là. On ne va pas refaire le monde. Mais nous, on a décidé de ne pas attendre. Si on attend quelque chose, on n’aura rien. La photographie a toujours évolué dans une économie très fragile et compliquée. On a systématiquement l’impression que c’était mieux il y a 10 ans… ça fait 50 ans que c’est comme ça ! Aujourd’hui, les photographes ne font plus produire leurs sujets. Ils les réalisent, puis les vendent. Et bien pour nous c’est pareil ! On sait que l’on doit d’abord faire notre projet, obtenir une légitimité. Et par la qualité de nos travaux, nos images seront validées par l’institution. »
Deux ans plus tard, l’exposition est là, le livre aussi. On ne se doute pas du parcours du combattant que ça a du être, mais force est de constater que la reconnaissance n’est pas loin (plus que deux jours !).

France(s) Territoire Liquide
Vernissage le 4 juin au Tri Postal
Avenue Willy Brandt
59 000 Lille
Exposition du 5 juin au 6 juillet 2014.