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Romain Meffre et Yves Marchand : « Une ruine, ça relève du hasard urbain »

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Romain Meffre et Yves Marchand ont commencé à photographier des ruines au début des années 2000. À cette époque, le terme « Urbex » n’était pas encore beaucoup utilisé et la photographie de lieux abandonnés restait une activité underground. Ensemble, au fil des années, ils ont construit leur regard et ont cherché à développer une pratique plus approfondie de la photographie de ruines. Rencontre.

| par Molly Benn

| Toutes les images © Romain Meffre et Yves Marchand



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► ► ► Cet article fait partie du dossier : Urbex : État des lieux d’un mouvement clandestin

OAI13 : Quels sont les premiers lieux que vous avez photographié ?

Romain Meffre et Yves Marchand : On habitait tous les deux dans le sud de la banlieue parisienne. On a commencé par visiter des ruines locales : le 13ème arrondissement, l’usine Renault. On s’intéressait à des lieux qui allaient disparaître rapidement. C’était en 2001. À l’époque il n’y avait pas beaucoup de gens qui prenaient en photo des lieux à l’abandon. Le terme « Urbex » n’était d’ailleurs pas utilisé.

Vous dites ne pas vous réclamer de l’urbex. Pourquoi ?

Le terme « Urbex » se cantonne à la simple exploration urbaine, et on trouve que c’est assez limitant. Dans l’urbex, il y a cet aspect illégal qui va avec la visite de lieux abandonnés. Alors que nous, maintenant, on demande des autorisations pour accéder à certains lieux. On ne fait pas de l’exploration pour l’exploration. L’urbex n’est pas une fin en soi. Au contraire, on cherche à aller plus loin que la simple exploration d’un lieu abandonné.



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Comment choisissez-vous les lieux que vous photographiez ?

Au départ on prenait tout ce qu’on trouvait. Il n’y avait pas énormément de ruines dans la région parisienne donc on les faisait presque toutes. Mais plus le temps passe et plus on devient sélectif. Désormais, on examine l’architecture du lieu, ce qu’il véhicule, sa personnalité.

Quand on a commencé en Île de France, on était train de visiter les derniers vestiges d’un paysage qui tendait à disparaître mais qui restait anecdotique. Et puis on s’est rendu à Détroit. On s’est retrouvé à photographier une ville qui produit des ruines depuis cinquante ans à travers lesquelles ont peut analyser différents aspects de la société américaine. Aujourd’hui, on thématise nos recherches.



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Quels sont les enjeux autour de l’Urbex aujourd’hui ?

Internet a amené énormément de changement dans cette pratique. Au départ, les internautes aimaient découvrir des lieux disparus. Aujourd’hui, ils préfèrent voir des lieux encore existants parce qu’ils présentent un potentiel d’exploration. Depuis cinq ou six ans, la pratique de l’Urbex s’est largement démocratisée.

Face à l’augmentation du nombre d’explorateurs, les photographes ont commencé à ne plus montrer les lieux vus de l’extérieur afin d’en protéger le secret. Mais le fait de voir des ruines uniquement de l’intérieur, ça les dé-contextualise et ça en fait des objets illustratifs. Du coup, on cherche maintenant des bâtiments qui ont un contexte pertinent. En ce moment, par exemple, on travaille sur les salles de spectacles aux Etats-Unis. Ces salles nous racontent toutes sortes d’histoire sur le divertissement et la société américaine.



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Comment se construit le regard du photographe sur des lieux qui ont déjà un cachet visuel ?

C’est quand on a visité beaucoup de ruines que l’on commence à acquérir des facultés d’analyses. Elles nous permettent de ne pas se laisser distraire par le côté « impressionnant » ou « fascinant » du lieu abandonné. Il faut arriver à s’extraire de cette fascination pour porter de l’attention aux volumes de l’espace, à l’architecture. Nous, on travaille à la chambre et, de fait, on essaye de rester assez formel dans notre façon de photographier. On estime que le lieu qu’on choisi contient assez de pistes d’interprétation pour que le regardeur puisse se projeter librement dans l’image.

Une ruine, ça relève du hasard urbain. C’est le lieu d’affrontement entre la création humaine et la nature qui reprend ses droits. C’est ça qui nous émeut et nous attire.



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Site internet : marchandmeffre.com

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Molly Benn a co-fondé OAI13 en septembre 2013. Elle en a été la rédactrice en chef jusqu'en 2015. Elle est maintenant Community Editor FR pour Instagram. Ses opinions sur OAI13 sont les siennes et pas celles d'Instagram.

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