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Lewis Baltz au Bal

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« Il pourrait être utile de penser la photographie comme un espace profond et étroit entre le roman et le film ». Lewis Baltz est un expérimentateur, il cherche à voir la photographie autrement. L’image n’est pas autonome, elle engendre avec elle toute une série de questionnements et d’hors-champs. Elle n’est que le pôle d’un système de relations. C’est au Bal, au bout de l’Impasse de la Défense, que se déroule jusqu’au 24 août une danse singulière de la photographie avec le cinéma intitulée Common Objects.


Lewis-Baltz_Nevada Nevada (1977) |© Lewis Baltz


Note de la rédaction : ★★★☆☆

Les raisons d’y aller

– Les questionnements sur la photographie vous intéressent
– Vous aimez la porosité entre les arts
– Vous êtes un passionné (et connaisseur) du cinéma, en particulier celui d’Hitchcock, Antonioni et Godard

Les raisons de s’en passer

– Les photographies qui ne peuvent pas se passer d’un texte d’explication vous ennuient
– Vous n’êtes pas sensible à la photographie conceptuelle dépendante d’idées philosophiques


Lewis-Baltz_Technology
Surveillance vidéo, Sophia Antipolis – Sites of Technology , (1989-1991) |© Lewis Baltz


« Une façon de créer qui ne repose pas sur la chance, la grâce d’un moment, mais sur l’analyse méticuleuse d’un processus. »

Le degré zéro d’après Lewis Baltz


Le photographe

Lewis Baltz est né à Newport Beach (Californie) aux Etats-Unis en 1945. Issu de cette génération d’artistes des années 1960 qui pensent la réalité comme un ensemble de relations entre les choses, son travail se concentre sur les rapports qu’entretiennent les hommes avec leur environnement. Sensible à l’urbanisation sans limite, presque anarchique, de la Côte Ouest des Etats-Unis dans les années 1960, Lewis Baltz photographia sans relâche les zones périphériques entrepôts ou industriels et les lotissements construits à la va-vite. Chacunes de ses photos est longuement préparée et s’inscrit au terme d’un processus étudié méticuleusement. Toutes choses sont sources de questionnements et toute tentative de les structurer en soulève d’autres sur notre rapport à elles. Entre métaphysique et métaphotographie, Lewis Baltz est un photographe cérébral adepte du « degré zéro » pour qui « l’instant décisif » n’existe pas.


Lewis-Baltz-Tract The Tract Houses (1969-1971) |© Lewis Baltz


L’exposition

« Aucune image – du moins, aucune photo – ne peut exister aujourd’hui sans porter encore en elle la trace du film dont elle pourrait être issue. ». Au détour d’une salle, on tombe sur cette citation du photographe canadien Jeff Wall qui introduit bien la manière de travailler de Lewis Baltz. L’exposition est une réflexion sur l’influence du cinéma sur la photographie de l’artiste, notamment celui d’Alfred Hitchcock, Michelangelo Antonioni et Jean-Luc Godard. Pas moins de 7 séries qui ont fait la notoriété de l’artiste sont présentes, notamment The Prototype Works (1967-1976) Candlestick Point (1987-1989) et Ronde de nuit (1992-1995), accompagnées d’extraits de films de ses trois réalisateurs de prédilections.

Lewis-Baltz-Alfred-Hitchcock-Saboteur Extrait du film Le Saboteur (1942) d’Alfred Hitchcock


C’est sûrement Michelangelo Antonioni qui a le plus marqué l’oeuvre du photographe. On retrouve un souci commun de styliser les déchets issus des sociétés de consommation et la destruction des paysages par l’urbanisation, ainsi qu’un goût certain pour l’architecture et les formes urbaines – souvent minimalistes et impersonnelles. Intéressé par tout ce qui peut constituer un phénomène visuel (« Considéré comme un phénomène, n’importe quoi peut être intéressant, même Madonna »– Lewis Baltz), le photographe se joue du décalage paradoxal entre sa posture en tant qu’artiste et le rendu final : alors que dans chacune de ses photos, il s’efforce d’être le plus en retrait possible par rapport à son objet, ses photos elles, lui échappent et montrent les choses, comme si elles les regardaient en face.


Lewis-Baltz_Candlestick_Point_02 Candlestick Point (1987-1989) |© Lewis Baltz


Ses photos constituent les multiples points des relations qui structurent le monde. C’est comme si l’artiste, par ses photos, voulait (re)constituer le squelette qui viendrait donner de l’intelligibilité au chaos apparent des choses. Il s’agit de structurer notre regard. Le hors-champ, c’est en quelque sorte la « chair » du monde, ce qui vient justifier le squelette durement pensé. En regardant ses photos, on s’imagine les pièces manquantes et on cherche à en reconstituer le déroulement.


Lewis-Baltz-Tract_02 The Tract Houses (1969-1971) |© Lewis Baltz


L’exposition s’adresse à un public particulier et déjà partiellement connaisseur. On se retrouve face à un monde qui, s’il nous est inconnu, peut nous déstabiliser, voire nous laisser indifférent. Un public non averti peut avoir du mal à comprendre et à établir les liens entre les photographies et les textes qui jalonnent un parcours truffé de références. Heureusement, au centre de la salle d’exposition sont projetés des extraits des films qui font écho aux photos présentées tout autour : on retrouve des thèmes communs, des plans similaires, des manières d’appréhender cette deuxième moitié du XXème siècle qui se répondent. Une exposition qui nous laisse sur notre faim – car trop spécialisée – mais qui peut être très enrichissante pour toute personne ayant des notions de cinéma et un intérêt déjà développé pour ce type d’esthétique et de réflexions.


Lewis-Baltz_Candlestick_Point Candlestick Point (1987-1989) |© Lewis Baltz


Lewis-Baltz-Prototype_01 The Prototype Works (1967-1976) |© Lewis Baltz



Common Objects, Lewis Baltz
Au Bal jusqu’au 24 août 2014
6, Impasse de la Défense
75018 – Paris
Métro Place de Clichy, lignes 2 et 13
http://www.le-bal.fr/
Tarif plein : 5 €, tarif réduit : 4 €
Horaires : mercredi/vendredi 12H-20H, samedi 11H-20H, dimanche 11H-19H
nocturne le jeudi jusqu’à 22H
Fermé lundi et mardi