À quoi sert un photographe de plateau ?

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    [box]Cet article fait partie du dossier de la semaine du 26.01.15 : Filmer la photographie et photographier le cinéma[/box]

    Un plateau de cinéma compte beaucoup de métiers de l’ombre. Parmi eux, se trouve le photographe de plateau, membre isolé de l’équipe de tournage qui participe pourtant activement à la renommée d’un film. Comme son nom l’indique, il est chargé de photographier le plateau de cinéma. Mais pour quoi faire? Quels sont le rôle et les enjeux de cette profession méconnue? OAI13 a mené l’enquête et a rencontré deux professionnels: Roger Arpajou et Jean-Claude Moireau.

    | par Camille Périssé



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    De Rouille et d’os de Jacques Audiard, © Roger Arpajou



    ► ► ► Cet article fait partie du dossier dossier : Filmer la photographie et photographier le cinéma

    Mandaté par la production, le photographe de plateau est chargé de faire des photographies du film et de son tournage qui serviront à la promotion de l’œuvre comme les affiches et les images du dossier de presse. Roger Arpajou, photographe sur de nombreux films dont ceux de Bruno Dumont, nous explique :

    « Dans le métier de photographe de plateau, il y a plusieurs volets. Le premier est de fournir les photos pour la promotion, c’est-à-dire, des images des scènes du film, dans l’esprit de ce que veut le réalisateur, en accord avec le chef opérateur sur les options de lumières, d’esthétique et de focales. À côté de cela, on peut avoir une vision personnelle sur le plateau : une fonction de mémoire du off, du making of du tournage. »



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    The search de Michel Hazanavicius, © Roger Arpajou


    Pour réussir à capter l’essence du film, le photographe de plateau, à mi-chemin entre photographie documentaire et photographie de mise en scène, saisit ainsi les prises dans l’axe de la caméra, les répétitions, le tournage et les moments d’entre-deux tout en respectant le regard du réalisateur.

    Le photographe de plateau doit rendre compte et en quelque sorte synthétiser l’esprit de l’oeuvre pour la promouvoir auprès de son public futur. Un film n’est jamais totalement défini par avance par son scénario et continue de s’écrire au fil du tournage et du montage. Roger Arpajou nous explique alors l’enjeu de la photographie de plateau:

    « Je dois donner le plus grand nombre de directions possibles, le plus d’ouvertures possibles. Lorsque le film sera terminé et monté, il y aura peut-être une direction qui va prendre le dessus que l’on aurait pas forcément vue arriver et il faudra le matériel photographique pour illustrer cette direction lors de la promotion. »



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    The search de Michel Hazanavicius, © Roger Arpajou


    Le photographe de plateau offre un regard parallèle à celui de la caméra qui permet de saisir l’essence film à travers une image fixe et c’est exactement ici que se situe tout l’art de la photographie de plateau : mettre son regard artistique à disposition de celui d’un autre.

    « Il faut toujours garder à l’idée d’être au service de quelqu’un, on est sur le projet de quelqu’un. C’est un peu comme la musique de film. Un musicien met son savoir faire au service du film. Cela n’enlève rien au travail, le challenge est là et les contraintes imposées sont intéressantes. »



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    Midnight in Paris de Woody Allen, © Roger Arpajou


    La photographie de plateau n’est pas le simple enregistrement de l’activité d’un tournage, cela requière une qualité d’adaptation précise comme le souligne Jean-Claude Moireau:

    « On n’est pas dans un cadre de travail où l’on fait ce qu’on veut. Il faut connaitre l’organisation du tournage pour être au plus près de ce qu’il faut capturer. Bien sûr, il faut savoir comment utiliser l’équipement de tournage, avoir un sens du cadre, de la lumière. Mais il faut aussi avoir un bon relationnel. Certes la technique est très importante dans notre travail mais la qualité de la relation humaine l’est tout autant. »



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    Huit Femmes de François Ozon, © Jean-Claude Moireau


    S’il ne participe pas à la fabrication directe du film, le photographe de plateau est présent sur les horaires de tournage comme tout autre technicien. Il doit alors trouver une place équilibrée sur le plateau : nouer une relation de confiance avec les techniciens et les comédiens tout en restant d’une grande discrétion pour ne pas déranger l’organisation du tournage. Roger Arpajou détaille :

    « Le métier est technique mais c’est plus un comportement, un mode de fonctionnement. Le maître mot, c’est la discrétion. Il faut connaitre les codes de fonctionnement d’un plateau, comment s’intégrer dans l’équipe, savoir qui fait quoi, à quel moment on peut intervenir et quand il faut qu’on reste en retrait. »



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    Midnight in Paris de Woody Allen, © Roger Arpajou


    La photographie de plateau se fait donc idéalement sur toute la durée du tournage, le temps de s’intégrer au plateau et de saisir toutes les facettes du film. Aujourd’hui, les restrictions budgétaires poussent les producteurs à n’embaucher les photographes de plateau que quelques jours pendant le tournage, ce qui n’est pas sans provoquer une certaine frustration comme le souligne Jean-Claude Moireau:

    « C’est un travail qui gagne à être effectué sur la durée, ne serait-ce par le contact avec le reste de l’équipe. On peut rater des choses importantes. On peut aussi être là un jour ou deux, pour des séquences qui sont jugées intéressantes etc., mais si c’est coupé au montage, on ne voit pas les images. Même entre les prises, les comédiens avec le costume sont encore leurs personnages, et il peut y avoir des choses très belles dans ces moments d’entre deux, de concentration et d’abandon. Il faut qu’on soit présent sur la durée. »



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    Main dans la main de Valérie Donzelli, © Jean-Claude Moireau


    La photographie de plateau a toujours existé et évolué selon les contextes. Il y a environ une vingtaine de photographes de plateau vivant de leur métier en France et il existe aujourd’hui une association des Photographes de Films Associés pour assurer la reconnaissance et la pérennité de cette profession.



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    Carlos de Olivier Assayas, © Jean-Claude Moireau


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    Camille Périssé étudie le cinéma à Paris III. Parallèlement à ses études, elle est rédactrice chez OAI13.