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Le (H)off des Rencontres d’Arles par Nathalie Hof

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Au festival photo des Rencontres d’Arles, il y a le in — c’est-à-dire la programmation officielle. Et il y a le off — tout ce qui se passe autour. Entre le festival Voies Off, les initiatives de collectifs et les associations indépendantes, Arles se transforme pendant une semaine en une fourmilière qui n’en finit plus de s’activer autour de la photographie.

Pendant 3 jours, j’ai arpenté les rues d’Arles pour la première fois. Mes pas m’ont menée de galeries en sous-sols, de vernissages à la rencontre impromptue de colleurs d’affiches et de stickers. A chaque coin de rue, des rencontres, des découvertes, des surprises. Le Off d’Arles, c’est ce qui fait le charme des Rencontres : des projets qui naissent autour d’un verre, des passants qui se prêtent au jeu, des photographes et galeristes dévoués qui vous racontent leurs travaux et expos.

Sans plan ni programme, je pars à la chasse aux perles cachées munie de mon appareil photo et d’un peu d’intuition. Très vite, mes pas m’arrêtent devant une devanture portant le nom de Gai Savoir, 51, rue du 4-Septembre, le local d’un journal associatif indé arlésien. Intriguée, charmée peut-être (étudiante en philo, bonjour), je me risque à l’intérieur et je questionne les gérants de l’asso sur leur éventuelle participation aux Voies Off d’Arles. Ils me répondent qu’ici, « c’est le Off du Off ». Expo underground au sens littéral, puisque les travaux d’un jeune photographe sont exposés au sous-sol, accrochés sur un fil à linge avec un tabouret au centre pour mieux les regarder. Je découvre les photos de Luc Meiranesio, un jeune Arlésien qui aime bousculer les codes. Le titre de son expo : « #Boobs #Gloire & #Ananas ». L’artiste aime ce qui est laid et dissonant. Ou plutôt, il aime assembler des photos d’objets qui, a priori, ne vont pas ensemble pour en faire une œuvre humoristique, souvent sulfureuse.



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 ©Nathalie Hof



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 ©Luc Meiranesio



Une ou deux rues plus loin, je rentre dans la maison-galerie « Chez Arthur et Janine », et qui accueille une expo l’agence Luce. C’est la photographe Aurore Valade qui m’accueille. Elle me présente le principe et l’histoire de l’agence, ainsi que les travaux des différents photographes exposés. L’agence, basée à Paris et à Arles, est née en 2013 suite à la volonté de 4 photographes, Aurore Valade, Colombe Clier, Anne Fourès et Lionel Roux, de mettre en valeur le patrimoine. Ici sont majoritairement exposées les photographies non sélectionnées de commandes qui, souvent, sont celles qui tiennent le plus à cœur aux photographes. Les photos d’Aurore Valade font exception à la règle : ses Intérieurs mexicains, réalisés au cours d’une résidence d’artiste à Mexico, se composent de portraits d’artistes et de personnes du milieu culturel et sportif mexicain. Haute en couleur et remplie d’objets, chacune de ses photos est un récit où chaque détail nous raconte une histoire.



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Aurore Valade, photo : Nathalie Hof



A l’Hôtel de Chartrouse, le ton est plus grave. La photographe Martine Montégrandi y organise l’exposition de 5 photographes traitant de sujets sociaux. Ce sont les travaux de Lucie Moraillon et de Jean Garcia qui m’ont le plus marquée. A 30 ans, Lucie Moraillon, ancienne étudiante de l’École Louis Lumière, s’est lancée dans un projet, celui de suivre deux enfants vivant dans des conditions difficiles et de les photographier tout au long de leur croissance. Grandir est le fruit de la rencontre de la photographe avec ces enfants. Antonio, à tout juste 9 ans joue de l’accordéon, seul, dans le Vieux-Port à Marseille. Ali, 6 ans, dont la famille a fui la Syrie pour la Turquie (Istanbul) il y a un an, est en quête d’une vie meilleure.



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 Lucie Moraillon, photo : Nathalie Hof



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 Ali, ©Lucie Moraillon



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Antonio, ©Lucie Moraillon



Le travail de Jean Garcia, quant à lui, Hay que Luchar (Il faut lutter), porte sur Cuba, et plus précisément sur ceux que le photographe appelle « les laissés pour compte de la révolution cubaine » et qui vivent hors des circuits touristiques. Alfredo, Siwice, Oscar et Cabosse, ces gens dont on tait le nom, mais dont les déceptions quant à l’accroissement des inégalités sociales n’ont d’égales que leurs conditions de vies déplorables.



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 Jean Garcia, photo : Nathalie Hof



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©Jean Garcia



Quand je passe la porte des locaux accueillant l’agence photo Myop, 18, rue de la Calade, je sens que je vais voir une expo pas comme les autres. L’agence de photographes a investi un lieu abandonné, ancien squat, et en a fait un énorme lieu d’exposition sur trois étages. Il me suffit de m’aventurer dans une petite cour pour découvrir le travail d’Ed Alcock qui se poursuit dans les étages. De Love Lane à Hobbledehoy, je suis subjuguée.


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Love Lane d’Ed Alcock, photo : Nathalie Hof


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Hobbledehoy d’Ed Alcock, photo : Nathalie Hof




Le lieu d’exposition est en lui-même magnifique et sert d’écrin aux photos.


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 Haut Karabagh de Julien Pebrel, photo : Nathalie Hof


Dans ces dédales d’escaliers et de vieilles chambres, je rencontre le photographe Ulrich Lebeuf qui me raconte son travail sur « Les oubliés de nos campagnes », un projet collectif organisé conjointement avec le Secours catholique pour alerter sur la précarité en milieu rural. La série d’Ulrich s’appelle « La Vallée des oubliés ». Réalisées dans la Somme, ses photos brossent le portrait de ruraux qui, dépassés par leurs difficultés financières suite aux fermetures d’usines, ont fait de la drogue et de l’alcool leurs derniers refuges. Mathieu est l’un d’entre eux. A 27 ans, ce jeune adulte vit avec sa mère avec le RSA pour seul revenu et est héroïnomane. Absence de perspectives, désintéressement des pouvoirs publics, ces campagnes ne sont pas toujours ces lieux de repos et de sérénité dont on aime s’en faire l’image.



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 Ulrich Lebeuf, photo : Nathalie Hof



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 ©Ulrich Lebeuf



Changement de lieu, changement de style photographique. Au fond de la galerie Le Magasin de jouet, 19, rue Jouvène, les nus de Ren Hang recouvrent les murs. Le jeune photographe s’interroge sur la sexualité de la jeunesse chinoise. Des photos sensuelles, frontales, presque physiques.



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 L’expo Ren Hang au magasin de jouet, photo : Nathalie Hof



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©Ren Hang



En soirée, photographes, journalistes, galeristes et d’autres encore, se retrouvent lors du vernissage des galeries. Je suis allée à celui du collectif Paris/Berlin fotogroup à l’Atelier Galerie, 22, rue Porte de Laure. Pendant 1 an, 8 photographes du collectif et 5 photographes invités ont développé ensemble et conjointement une réflexion photographique autour de la notion d’Übergang. En français, transition. Chacun y montre comment il perçoit les mutations à l’œuvre dans les différentes sphères du monde actuel : de la société à l’intime, en passant par les espaces urbains et ruraux. Mon regard s’accroche sur les travaux d’Albin Millot et d’Andreas B. Krueger. La série Hanoï Millenium d’Albin Millot s’attache à capter le processus de « métropolisation » de la capitale vietnamienne. Andreas B. Krueger quant à lui, s’interroge : « Où est le début, où est la fin ? Je n’ai jamais su quand ça a commencé et quand ça a pris fin. ». L’ensemble de ses photos est une manière d’explorer cette question.



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L’expo d’Andreas B. Krueger, photo : Nathalie Hof



Et puis le Off, c’est aussi ce qui déborde des murs des galeries. C’est notamment la Street Box Camera qui, basée place de la République, vous tire le portrait pour quelques euros et le révèle devant vous dans son laboratoire en plein air.



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Street Box Camera, photo : Nathalie Hof




Et aussi ces expositions sauvages qui jalonnent nos parcours urbains. Vers la rue de la Bastille, je croise justement l’association Fetart en plein collage de photos. Leur objectif, donner l’occasion aux photographes émergents d’exposer leurs travaux.


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Et enfin, il y a OAI13 qui a été pris d’une frénésie de stickers !


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Nathalie Hof est la rédactrice en chef d'OAI13.