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EXPO | Egypte, les martyrs de la révolution, Denis Dailleux

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A la galerie parisienne Fait & Cause, le photographe français Denis Dailleux expose « Egypte, les martyrs de la révolution », son travail sur ces foyers qui ont perdu l’un des leurs lors de la révolution égyptienne, en janvier 2011. Les 11 triptyques expriment, avec sobriété et puissance, la douleur de l’absence et le sentiment d’incompréhension face à l’absurde. L’exposition, soutenue par Amnesty International, est prolongée jusqu’au 15 mars.

Note de la rédaction : ★★★★★

 

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Le photographe

Denis Dailleux vit au Caire, en Egypte, qu’il documente en s’intéressant d’abord à ses habitants et à leur histoire. Tombé amoureux de ce pays il y a une quinzaine d’années, il l’a abordé par la photographie de rue, les portraits, la culture, la famille et, depuis 2011, la révolution. Ses images au format carré (il travaille au 6×6) sont d’une grande douceur, comme si le photographe s’inclinait devant l’extraordinaire lumière qui y règne. Elles reflètent sa disponibilité face à ce monde et parviennent à établir l’équilibre entre ce qu’il reçoit et la manière dont il l’interprète. Au Caire, au fil des années, il est passé de l’extérieur à l’intérieur, de la lumière du dehors à celle du dedans, s’attardant sur les détails du quotidien, exposant la poésie qu’il perçoit des intérieurs modestes, des murs fendillés, des vies simples, mais aussi la réalité d’une société qui cherche sa voie entre tradition et bouleversements. Né en 1958, Denis Dailleux a également réalisé des sujets en Afrique et en Asie. Il est représenté en France par l’Agence VU’ et la galerie Camera Oscura, et au Maroc par la Galerie 127, à Marrakech.



Guirguis © Denis Dailleux, Agence VU'

Guirguis © Denis Dailleux, Agence VU’

 

L’exposition

Triptyques

Trois photographies pour raconter une vie qui s’est arrêtée et sa mémoire, dans les esprits et les choses. C’est la forme qu’a donné Denis Dailleux à ce travail, montré dans les deux salles en longueur de la galerie par une sélection de 11 assemblages : le portrait des proches, celui du disparu et une vue de la fenêtre de l’appartement où il vivait. Entre les trois se tisse la relation entre ce qui a été et ce qui continue, tant bien que mal.
Dans les portraits des vivants, la douleur apparaît souvent dans le tassement des corps sur les chaises ou les canapés, disant l’absence ou l’extinction de la révolte contre la fatalité. Parmi eux ressort le visage empreint de tristesse mais lumineux, le seul cadré serré, de Souha. Elle est la veuve d’Oussama Ahmed, tué par un sniper en rentrant chez lui du travail. C’est aussi le seul homme d’âge mûr de cette galerie de martyrs. Les autres victimes étaient jeunes, très jeunes parfois : Hadir avait 14 ans quand elle a été touchée par une balle qui a traversé le mur de l’appartement familial.
Les portraits des morts sont une reproduction de leur visage — souriant, sublimé — sur des photographies encadrés posées sur un meuble, imprimé sur une tasse, exposé sur une bannière dans la rue. Figés dans la pose et dans le temps, ils en appellent à la fois à l’imagerie religieuse et à la revendication, à la protestation contre une répression brutale, sauvage. Khaled et Guirguis, 18 et 30 ans, ont été abattus parce qu’ils filmaient les manifestations, acte qui motivait une consigne de priorité aux policiers. Saïd, 27 ans, a été tué par un policier alors qu’il secourait des blessés.
La troisième image montre la rue, une cour, des toits hérissés d’antennes paraboliques. Les balles ont frappé des personnes de tout milieu social. Et dehors, la vie continue, malgré l’absence.
En légendes des photographies se déroule une déclinaison de l’état-civil, factuelle, froide, comme des fiches administratives, comme un archivage des victimes d’un système.
L’ensemble puise sa force dans cette sobriété. Oui, les images sont « belles », mais sans emphase, elles n’accentuent rien. Elles reflètent le « désir d’objectivité » du photographe (Libération du 24 janvier), difficile tâche s’il en est, mais qu’il a réussi à concrétiser par son attention, son respect. Nul doute que c’est grâce à cela qu’elles communiquent à leur tour avec nous : la transmission a opéré.


Walaa © Denis Dailleux, Agence VU'

Walaa © Denis Dailleux, Agence VU’

A plusieurs mains

« Egypte, les martyrs de la révolution » est un travail mené en étroite collaboration avec l’artiste et vidéaste égyptien Mahmoud Farag, décédé en août 2012 et relayé par l’écrivain Abdellah Taïa. Une œuvre à plusieurs mains, donc, pour une expression sur plusieurs plans : Dans le présentoir au centre de l’une des salles, les témoignages recueillis par Mahmoud Farag avant que Denis Dailleux ne réalise les prises de vue et sans lequel ce travail n’aurait pas vu le jour. « Chaque fois que nous étions accueillis par les parents, tu avais d’abord besoin d’échanger quelques mots autour d’un thé sucré que tu accompagnais toujours d’une cigarette. Lors de ces rencontres tu as très souvent pleuré. Je ne faisais les images qu’après vos longs échanges terminés. Les prises de vue se déroulaient toujours en ton absence et dans le silence », écrit Denis Dailleux dans une lettre ouverte à Mahmoud après sa mort. Entre ces récits présentés sur de simples feuilles blanches, les unes de presse réalisées par le photographe à l’époque. Et dans l’autre salle, la vidéo réalisée par Mahmoud Farag et dont les entretiens ont été finalisés par Abdellah Taïa.



Oussama Ahmed © Denis Dailleux, Agence VU'

Oussama Ahmed © Denis Dailleux, Agence VU’


Un hommage

On reste absorbé par ces vies brutalement interrompues, par les regards et les pauvres souvenirs qui font vivre leur mémoire, comme si on se trouvait pris dans un zoom sur la « petite » histoire qui s’inscrit en filigrane de la grande, celle racontée par les médias.
« Après avoir réalisé le dernier entretien, ce fut comme une évidence : nous avions terminé. Nous souhaitions rassembler tous les parents au sein d’un livre et d’une exposition. Sans doute notre manière de leur rendre hommage et peut-être apaiser leur peine, soulager leur chagrin, leur colère », poursuit Denis Dailleux dans sa lettre. Le nôtre pourrait être de visiter cette exposition.

La galerie

Fait & Cause n’est pas une galerie comme les autres. Située dans le Marais à Paris, elle se consacre à la photographie sociale. Ouverte depuis 1997, son directeur artistique en est Robert Delpire et elle est liée à Sophot, site web de l’association Pour que l’esprit vive, créée pour « favoriser la prise de conscience des problèmes de société et contribuer à leur transformation par l’art et la culture ». Le site Sophot a récemment lancé l’appel à candidature (ouvert jusqu’au 28 février) pour la 4e édition de son concours dédié à la photographie sociale et environnementale.

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« Egypte, les martyrs de la révolution », de Denis Dailleux, Mahmoud Farag et Abdellah Taïa.
Jusqu’au 15 mars 2014.
Galerie Fait & Cause, 58, rue Quincampoix, 75004 Paris.
Du mardi au samedi de 13 h 30 à 18 h 30. Entrée libre.
www.sophot.com

Le livre
Egypte, les martyrs de la révolution

Site internet de Denis Dailleux : agencevu.com

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