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Photographier Istanbul, c’est mieux à trois

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© Tilby Vattard

[box]Cet article fait partie du dossier de la semaine du 06.10.14 : Üç : Istanbul à travers trois regardsl[/box]

Philippe Bernard, Gilles Roudière et Tilby Vattard ont décidé ensemble de partir photographier Istanbul : c’est la naissance du projet Üç, qui signifie « trois » en turc. Après deux voyages de trois semaines dans la capitale turque, les photographes nous racontent leur expérience.



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Gilles Roudière et Philippe Bernard à Istanbul



► ► ► Cet article fait partie du dossier : Üç : Istanbul à travers trois regards

OAI13 : Pourquoi êtes-vous parti à Istanbul ?

Üç : Pour ce projet à trois, nous cherchions un territoire commun où chacun serait susceptible de trouver une satisfaction photographique, une inspiration pour son écriture. Quand l’un de nous est rentré d’un court séjour à Istanbul, c’est devenu une évidence pour tous les trois, chacun pour des raisons différentes : sa lumière, la singularité de son détroit, ses collines, son énergie…

Pourquoi partez-vous à trois ?

C’est avant tout de notre amitié qu’est née l’idée de collaborer. Nos univers photographiques sont assez différents mais surtout complémentaires. Travailler à trois permet aussi de faire avancer un projet plus rapidement, de s’ouvrir à des propositions nouvelles et de multiplier les rencontres. Et puis la découverte des pratiques des uns et des autres est stimulante et fait avancer dans sa propre démarche.



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© Tilby Vattard



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Tilby Vattard à Istanbul


Sur le terrain, comment photographie-t-on la ville d’Istanbul ? Quelles sont ses spécificités ?

Istanbul est une ville de caractère, dynamique et en mouvement, où les atmosphères varient beaucoup selon les quartiers. Le projet consiste en trois points de vue, plus subjectifs que documentaires, et de fait chacun d’entre nous a sa manière d’appréhender photographiquement cette ville. Bien que distinctes, nos approches se retrouvent dans la recherche de lumières et d’instants spécifiques.

Vous y restez plusieurs semaines. Est-ce que pendant ce temps vous tentez de découvrir au maximum la ville ou au contraire de mieux connaître les coins que vous avez découverts ?

La première résidence fut l’occasion d’arpenter différents quartiers. Nous étions mus par la curiosité et le désir de découverte. Cette nouveauté est stimulante et crée une situation favorable à l’immersion et à la prise de vue.

Les conditions du second séjour ne sont plus les mêmes, les repères sont déjà là et d’autres enjeux se présentent, ceux de se renouveler dans des lieux déjà connus.

Quelle est la particularité de la lumière à Istanbul ?

La lumière que nous connaissons est celle du mois de septembre. C’est une lumière des bords de mer méditerranéens, écrasante, claire et tranchante. En milieu de journée, cette impression est renforcée par la réverbération de l’eau au milieu des grands espaces dégagés du Bosphore et de la Corne d’Or. La présence de l’eau est caractéristique de cette lumière, mais sa position aussi : les rives du Détroit étant globalement exposées est-ouest, elles prennent les rayons des soleils levant et couchant, l’Europe est éclairée le matin et l’Asie le soir. À l’intérieur, le relief vallonné de la ville et l’étroitesse des ruelles cisèlent nettement les zones d’ombre et marquent des contrastes inspirants. Les murs dessinent une variation de teintes que nous percevons chacun différemment, sûrement en fonction de notre « vue » photographique. Sous les nuages, la ville change radicalement d’aspect. L’énergie qu’elle semble dégager s’estompe, les horizons s’uniformisent, la lumière diffuse adoucit son tempérament. Peut-être faudrait-il que nous y retournions à une autre saison…



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© Gilles Roudière



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Gilles Roudière à Istanbul


Y a-t-il une barrière qui se crée avec la langue ? Qu’est-ce que ça fait d’être dans un pays où on ne comprend pas la langue ?

Istanbul est une ville ouverte sur le monde et au tourisme ; au quotidien, la langue n’est donc pas un obstacle à la rencontre. De façon pragmatique, le handicap de ne pas parler la langue – et peut-être plus encore de ne pas la comprendre – permet de se concentrer davantage sur ce que nous voyons. Un isolement significatif dans notre distance aux sujets et la genèse d’un point de vue.

Le rapport à la photographie est influencé par le contexte politique, social et culturel. Souvent indifférents, les habitants d’Istanbul sont parfois curieux, mais généralement bienveillants à notre égard. Néanmoins la réalité des conflits géopolitiques ou sociaux peut être source d’une certaine tension, que l’on ressent parfois dans la méfiance à l’égard de la photographie. Les convictions religieuses également. Comprendre la langue (et par delà la culture) permettrait probablement de mieux appréhender certaines situations et assurément de respecter davantage chaque individu.



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© Philippe Bernard



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Philippe Bernard à Istanbul


Vos journées, à quoi ressemblent elles ?

Chaque jour, nous nous séparons le matin pour nous retrouver à la tombée de la nuit. Entre temps nous marchons, cherchant nos images, le plus souvent dans des quartiers différents. Le soir, nous repartons ensemble pour quelques heures d’errances nocturnes où se mêlent discussions et nouvelles prises de vue. Le temps s’y étire.

Qu’est-ce qui retient votre attention ?

Nous sommes à l’affût de lumières particulières, différentes pour chacun d’entre nous, et privilégions les espaces où l’activité humaine est dense. Mais ensuite, nos attentes diffèrent. Tilby et Gilles ont une préférence pour les quartiers populaires, historiques, les zones maritimes. Philippe s’intéresse prioritairement aux zones de passage, Kadiköy entre autres, sur la rive orientale, lui convient bien.

C’est aussi amusant de voir qu’à mesure de se côtoyer, nous pouvons identifier ce qui va intéresser l’autre.

Quelle impression générale avez-vous sur la ville ?

Philippe aime cette idée d’une ville de l’entre deux, Gilles et Tilby y trouvent la substance essentielle à leur travail.

Plus globalement c’est un lieu envoûtant, atemporel et extraordinairement stimulant. Les ambiances y sont multiples, allant de l’atmosphère paisible à la densité parfois éprouvante.

Qu’avez-vous envie d’exprimer photographiquement ?

Ce que chacun pourra y voir. L’instabilité, une vibration, le vivant, la lumière… Une émotion ou un ressenti avant tout.

Vous allez y retourner ?

Assurément !



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Tilby Vattard et Gilles Roudière à Istanbul



Sites internet :
Philippe Bernard : phili.ber.free.fr
Gilles Roudière : gillesroudiere.com et inbetweengallery.com
Tilby Vattard : tilby.fr

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Molly Benn a co-fondé OAI13 en septembre 2013. Elle en a été la rédactrice en chef jusqu'en 2015. Elle est maintenant Community Editor FR pour Instagram. Ses opinions sur OAI13 sont les siennes et pas celles d'Instagram.