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Quel avenir pour le photojournalisme ? Du côté des collectifs…

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Du 31 août au 9 septembre, (presque) tous les yeux sont tournés vers Perpignan : la 25e édition du festival Visa pour l’Image s’y déroule. L’occasion, comme chaque année, d’y faire un bilan entre professionnels. Depuis plusieurs années, la profession souffre à cause de la crise de la presse, et même de la crise tout court. Baisse des commandes, précarité des photojournalistes, crises des agences et des publications, le moral n’y est pas, et l’argent non plus. Cette année, Our Age Is Thirteen souhaite ouvrir les perspectives en posant une question aux acteurs de la profession : « Qu’imaginez-vous pour l’avenir du photojournalisme ? »

Aujourd’hui, du côté des collectifs, découvrez les réponses de David Richard pour le collectif Transit et Bertrand Gaudillère pour le collectif Item

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David Richard pour le collectif Transit

Age13 : Les collectifs se sont construits dans un contexte de crise des agences. Aujourd’hui, quel bilan tirez-vous du modèle que vous avez monté ?

D-R : Nous avons fêté nos 10 ans l’an passé (livre, expositions), aucun photographe n’a quitté l’équipe depuis la création du collectif, nous nous sommes même agrandis cet été avec l’arrivée d’une nouvelle photographe. Aujourd’hui, nous sommes 7 photographes et une chargée de projets, nous travaillons pour la presse nationale et étrangère, pour des entreprises et des institutions. Nous menons des projets personnels ou collectifs avec le regard et le soutien des membres du groupe. Dans l’ensemble notre situation financière est meilleure qu’il y a 5 ans même s’il nous arrive encore de tirer le diable par la queue.

Nous tenons parce que nous ne tenons à rien.

Le collectif Transit repose sur des bases légères avec des charges structurelles minimales, un nom, un lieu (à la fois bureau et espace d’exposition), un emploi à mi-temps et 7 photographes qui partagent du temps, des idées et un peu d’argent. Nous n’avons pas l’esprit d’entreprise, nous n’avons pas de commerciaux, ni foncier ni investisseur. Nous avons les années qui passent et qui sourient aux projets qui durent. Conscient de cette limite, le collectif s’est adossé à l’agence coopérative Picturetank (Paris) qui diffuse depuis quelques années nos archives. Aujourd’hui nous sommes bien installés dans le paysage photographique français et nous produisons régulièrement de nouveaux sujets.

Age13 : Qu’imaginez-vous pour l’avenir du photojournalisme ?

D-R Pour nous, le photojournalisme signifie concrètement les commandes issues de la presse et certains sujets que nous choisissons de destiner à la presse. Nous publions aussi des projets en presse qui ne sont pas du reportage au sens strict. Dans tous les cas, nous sentons que les services photo réduisent la voilure mais nous travaillons encore. Nos envies et nos parcours d’auteurs ne sont pas attachés mordicus au photojournalisme. Notre sensibilité est de toute façon plutôt documentaire.
Le photojournalisme fait-il encore bon ménage avec la presse ? On peut en douter, le portrait, la photographie publicitaire, l’illustration occupent l’essentiel des contenus. Heureusement la presse et l’édition se réinventent par endroit (Polka, 6Mois, Causette, Néon…) et nous sommes aux aguets.
La donne a également un peu changé avec l’arrivée de nouvelles sources de financements ou leur augmentation (bourses, crowdfunding) et l’émergence de nouveaux supports de diffusion (festivals, revues papier ou en ligne etc.). A l’ère des réseaux et de l’information en images, le photojournalisme a des atouts indéniables à condition pour les barreurs (législateurs, patrons de presse, photographes) d’avoir de bons anti-brouillards et une boussole qui indique l’avenir.
En tout cas, les débouchés en presse se raréfiant, le photojournalisme aura probablement, à l’avenir, des pratiques artistiques et des circuits de financement assez similaires au reste des pratiques photographiques. C’est d’ailleurs ce qui l’amène et l’amènera encore à se renouveler.

transit-photo.com

Crédit photo : Molly Benn


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Bertrand Gaudillère pour le collectif Item

Age13 : Les collectifs se sont construits dans un contexte de crise des agences. Aujourd’hui, quel bilan tirez-vous du modèle que vous avez monté ?

B-G : Difficile de tirer le bilan d’un modèle qui est en perpétuelle évolution !

Il y a douze ans, nous sommes nés « en réaction ».

Réaction à la difficulté d’exister seul en tant que photographe indépendant d’abord, réaction à l’actualité ensuite. L’acte fondateur du collectif, ce sont les élections de 2002, Le Pen au deuxième tour. Premier reportage collectif, premières publications « item » ! Ce qui n’était pas encore un modèle va le devenir. Il y a la volonté de défendre des sujets réalisés à plusieurs mains, d’impliquer tout le monde, et même d’élargir, en prenant par exemple en charge des projets inter-collectifs issus de l’étage de Visa pour l’Image. Il y a une sorte d’effervescence joyeuse autour des collectifs, une énergie vraie, une envie palpable, mais c’est un peu brouillon. Nous avions tous, je crois, l’envie de défendre une identité pour nos structures, parfois au détriment de l’élaboration des travaux de chaque photographe. L’envie de partager. De tout partager. Peut-être de trop partager !?

Douze ans après, nous envisageons forcément les choses autrement. Il reste la force d’une conviction, celle qu’ensemble il est plus facile d’avancer. Celle également qu’il demeure nécessaire de préserver des espaces d’indépendance loin du bruit médiatique pour élaborer des sujets sur le long terme. En dehors de cela, je ne sais pas si nous pouvons parler de modèle. La réalité de notre quotidien, c’est justement le besoin d’inventer pour continuer d’exister, le tout dans un champ restreint ! Aujourd’hui nous travaillons avec la presse, mais aussi avec des institutions, ou des entreprises. Nous avons trouvé un équilibre financier avec le corporate (comme bon nombre de structures), ce qui nous permet d’avoir le temps de soutenir les projets documentaires de chacun. Ils peuvent être photographiques, multimédia, vidéo, sonores ou écrits : le collectif, s’il s’est ouvert à de nouveaux photographes, compte aussi un graphiste, une réalisatrice et un rédacteur.

Par ailleurs, nous disposons depuis trois ans d’un espace d’exposition qui nous permet d’organiser plusieurs événements et rencontres dans l’année (Laurent Villeret, William Daniels, ou Pierre Terdjmann y ont exposé), et de présenter le travail d’Item.
Je dirais que le bilan est positif, surtout avec l’arrivée d’une salariée (Mika Sato) pour nous aider à franchir encore quelques étapes.

On se dira que le modèle est bon si comme Visa, nous fêtons un jour notre 25e anniversaire.

Age13 : Qu’imaginez-vous pour l’avenir du photojournalisme ?

B-G : C’est une question difficile. Il y a d’un côté les photographes qui produisent et de l’autre les diffuseurs qui réduisent… la place accordée aux images en tant que propos. Le photojournalisme est bien vivant. Je crois que la question primordiale concernant son avenir se trouve du côté de sa diffusion et de sa viabilité économique. Les moyens de diffusion qui se développent avec le Web n’ont pas encore une véritable économie. Quant aux expos ou aux projets d’édition qui permettent de montrer le travail des photographes en prenant le temps, ils ne sont pas, à quelques exceptions près, rentables non plus. Si les collectifs se sont posé la question de savoir comment s’organiser pour produire, l’heure est peut-être venue de se demander comment diffuser en dehors des circuits de vente d’archives ou des piges à la baisse. Un modèle à inventer ? Certainement, mais sans oublier qu’il ne faut pas s’enfermer dans un système d’autoproduction/autodiffusion sans regard extérieur. Le travail des photographes gagne à être finalisé en collaboration avec l’extérieur.

collectifitem.com

Crédit photo : Malou Gaudillère


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Alexa Brunet, collectif Transit

Hugo Ribes, collectif Item

Nanda Gonzague, collectif Transit

Yannick Bailly, collectif Item

Bastien Defives, collectif Transit

Morgan Fache, collectif Item


Crédit photo une : David Richard

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